AL. DUMAS
Lundi, 29 janvier.
INTRODUCTION
A quelques pas de là, remarque Champfleury, sur la place du Châlelet, la Renommée du sculpteur Bosio dressait vers le ciel gris l'ironie de ses palmes d'or.
L'attitude du D"^ Labrunie avait été jugée sévèremeut. Il daigna s'en émouvoir, un peu tard. Au moment de mourir, il confia à A. Houssaye les lettres de Gérard, « comme pour prouver qu'ils avaient toujours vécu en vive amitié ». Ces lettres sont probantes en effet; elles prouvent l'affection si mal reconnue de ce fils. A. Houssaye en a publié un assez grand nombre dans la Presse, en 1862 et 1 865, dans l' Artiste, qw 187661 1 877, dans /e Livre, en i883. Une autre série a été donnée oar M. L. de Bare à la Nouvelle Revue Internationale, en 1894, 1890 et 1897. Avec les lettres recueillies par G. Bell {Gérard de Nerval, i855), A. Dumas {le Pays, i854) et Champfleury {Grandes figures), c'est là l'essentiel de la correspondance déjà publiée. Il faut ajouter encore l'importante contribution d'Alphonse Karr(/e Livre de bord), d'H. Lucas {Portraits et Souvenirs), d'Avvède Barine (Névrosés), de MM. Adolphe Jullicn (le Romantisme et l'éditeur Renduel), Maurice Tourneux {l'Age du romantisme et V Intermédiaire de mars 1889J, Jules Glaretie (/a Prf 55^ 1878, l'Artiste 1879), ^- ^^s-
quet {le Temps, août 1881), Clément Janin (Dédicaces et lettres autographes), de M^'^ Julia Cartier {Un intermédiaire entre la France et V Allemagne). Enfin des lettres éparses dans diverses publications ou revues : le Journal de la librairie (juillet i84o), le Charivari {AécQmhT& 1846), le Corsaire (octobre i85o), l Histoire anecdotique des cafés de Paris d'A. Delvau, la Correspondance littéraire (novembre i856), l'Univers illustré (août 1864, articles de Méry), la Petite Presse (octobre 1866), l'Amateur d'autographes {mdLYs 1866 et avril 1869), le Conseiller du bibliophile (1876), la Revue des documents historiques (1878), le Livre moderne (1891), V Intermédiaire (juillet igoB), le Temps (août 1907)... Je ne prétends pas que rien ne m'ait échappé ; mais j'ai cherché de mon mieux.
Les lettres qui ne portent aucune indication d'origine (soixante environ) sont inédites et publiées sur les originaux. Il m'aurait été facile d'en augmenter le nombre, en reproduisant une foule de billets insignifiants qui sont passés sous mes yeux : rendez-vous, invitations, demandes de places de théâtre... J'ai conservé seulement ceux qui apportaient une date ou quelque précision de fait.
D'ailleurs, même parmi les lettres publiées déjà, j'ai cru devoir en sacrifier quelques-unes, — qui ne
INTRODUCTION 27
sont pas des lettres véritables. Gérard ayant souvent recours à la forme épistolaire qui convient à merveille à son génie, il est arrive plusieurs fois aux chroniqueurs qui ont rassemblé les débris de sa correspondance de prendre pour des brouillons de lettres de simples feuillets manuscrits de ses ouvrag^es. Houssaye donne ainsi comme lettre inédite une page d'Aurélia (i), et L. de Bare, trouvant la suite du même fragment, y voit à son tour un billet écrit « au retour d'une de ces envolées lointaines dont il était coutumier (2) ».
J'ai écarté tous les morceaux de ce genre. Peutêtre est-ce une solution trop rigoureuse ; il est bien possible que tel ou tel fragment d'article ait figuré d'abord dans une lettre véritable... mais il faut prendre un parti qui soit net. Sans quoi, l'on en viendrait à faire entrer dans la correspondance une bonne partie de Lorehj et de la Bohème galante et le Voyage en Orient tout entier.
tJne exception seulement pour les 18 lettres d'amour. Ce n'est pas que je partage l'opinion de V. Sardou croyant avoir ici une correspondance
(i) Houssaye, le Livre, i883, p. 94, et Aurélia, p. 106.
(a) L. de Bare, Nouv. Rev. intern., i«'" mai 94. Aure//a,p. 106. — Voy. encore dans le Livre de Bord d'A. Karr (p. 194) une prétendue lettre qui n'est qu'un fragment de l'article les Amours de Vienne (Voyage en Orient, I, p. xli) .
authentique de Gérard et de Jenny Colon (i). Bien des détails s'appliqueraient assez mal à la comédienne ; et d'ailleurs il suffit de reg'arder le manuscrit, écrit régulièrement sur de grandes feuilles, pour reconnaître, non pas une série de lettres distinctes, mais — sous la forme épistolaire — une sorte de petit roman, ou, si l'on veut, de journal intime. Ce journal ne mérite pas moins d'être conservé ; c'est toute l'âme du poète que l'on y retrouve, son âme naïve et douloureuse.
Il ne me reste plus qu'à remercier les admirateurs de Gérard qui ont bien voulu répondre à mon appel : MM. Maurice Tourneux et Paul Bonnefonj dont' on sait l'érudition en ces matières, M. Couët, qui a fait pour moi des recherches dans les archives de la Comédie Française ; M. Noël Charavay, MM. Clément Janin, Léo Lucas, Gustave Simon, Louis Grobet,qui m'ont ouvert leurs collections. A M. Edouard Champion je dois une reconnaissance particulière : ayant renoncé à écrire luimême la biographie de Gérard de Nerval, il m'a communiqué très libéralement, avec plusieurs lettres inédites, tout un dossier qu'il avait constitué déjà.