‹ CorrespondanceChapitre 125 sur 130 · CLXXXIV. — Emerson à Carlyle · texte numérisé non relu

CLXXXIV. — Emerson à Carlyle

Goncord, le 17 juin 1870.

Mon cher Carlyle,

Deux lettres encore sans réponse*, remplies et parfumées d'agissante bonté, ne me permettront pas de tarder une minute de plus, sous peine de tomber et de mériter de tomber dans mon sommeil de marmotte. Vous êtes de la race des géants et vous ne savez rien de la faiblesse et des procrastinations du tempérament des blonds. Eh bien, si vous nous faites honte par vos réserves inépuisables de forces, vous dédommagez et réconfortez quelques-uns, ou du moins l'un d'entre nous, par des charges d'électricité.

Votre lettre d'avril est arrivée, pleine comme toujours, plus que jamais, si possible, de bienveillance, et faisant grand état de mes petits travaux et écrits, et il semblait qu'elle dût m'inciter à une réponse immédiate; mais l'engagement tyrannique d'écrire et de prononcer dixhuit conférences de philosophie à une classe de gradués de l'Université, et cela en six semaines successives, constituait une tâche plus formidable, en perspective et en pratique, qu'aucune des précédentes. Naturellement cela me confina, abolissant tous les droits de l'amitié, de l'honneur et de la justice, et m'obligeant à me tenir à mon travail avec une dévotion frénétique qui ne peut que le gâter, lui aussi.

Enfin c'est terminé et cela ne présente qu'un avantage, à savoir que des matériaux sont réunis et que je vois la possibilité, grâce à une répétition du cours décidée pour l'année prochaine, de mettre sur pied un assez bon compte-

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