‹ CorrespondanceChapitre 45 sur 130 · XXXVII. — Carlyle à Emerson · texte numérisé non relu

XXXVII. — Carlyle à Emerson

Chelsea, Londres, le 17 avril 1839.

... Il n'y a dans les magasins de Teufelsdrôckh aucun manuscrit qui puisse vous convenir, rien du tout à l'état d'achèvement si ce n'est une longue dissertation amphigourique (dans le genre grincheux et sardonique) sur l'histoire primitive de la race teutonne qui se déroule péniblement, non pas dans le meilleur style, au travers de la poésie gnomique, et je ne sais quoi encore, pour

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aboutir, si ma mémoire ne me trompe, à une sorte d'Essay sur len Minnesinger. J'ai écrit cela il y a presque dix ans et je n'en ai pas été satisfait. C'était une partie d'un malheureux projet d'Histoire de la Littérature allemande dont vous avez déjà imprimé des portions subséquentes, les Nibelungen et le Reinecke Fox... Mes autres manuscrits ne sont que des griffonnages, des Ames inarticulées d'enfants, pleurant do n'avoir pu naître et d'avoir été abandonnées, gémissantes, in limine primo!

Donc, de ce côté, rien a attendre. Cependant il me semble qu'on trouverait quch^ue chose ailleurs. Varnhagen, je crois, peut être imprimé sans choquer, puisqu'on a besoin de lui; s'il suffit a porter votre deuxième volume à la taille requise, pourquoi pas? C'est le dernier faible murmure que je fasse entendre dans la Littérature périodique et il peut servir à indiquer l'approche du silence et du sommeil. Je ne connais pas de fautes d'impression dans Varnhagen ; il s'y trouve un passage touchant le manque d'humour dans la conversation de J.-P. Richter. au sujet duquel j'aimerais trouver une occasion ([uelconque de dire un mot, bien que je ne voie pas très bien lo(iucl. Je suis d'avis, d'une part, que Varnhagen exagère la chose, prenant un propos de salon berlinois pour un document dune exactitude scientifique, d'autre part que le défaut, s'il existait, était à l'honneur de Jean-Paul, indiquant ({uil parlait de l'abondance du cœur, ne se consumant pas, comme l'un de nos i)eaux esprits de ville, en un misérable bredouillement perpétuel, mais exprimant ce qu'il avait à dire, terne ou non, pour sa propre satisfaction avant tout. Si vous pouviez, an bon endroit, formuler (|uel(|ue chose de ce genre en une ou deux lignes, ce serait bien. l*ourtanl, somme toute, si vous no le faites, cela n'a presque pas dimporlance. Laissez en ce cas le tout tel quel, comme \c connnencementdu sommeil et de la rt^spi ration sonore...

N'arnhagen lui-même ik^ portera pas voire quatrième

volume à la taille voulue; cela fera, je pense, à peine plus de 380 pages, mais que faire de plus? Vous rappelezvous le Fraser's Magazine d'octobre 1832 et une traduction, avec notes, d'une chose qui s'appelait le Màrchen de Gœthe ? C'est de moi. J'y vois un morceau très remarquable, bien digne d'être parcouru, surtout par tous mes lecteurs. Au fait il y a deux autres petites traductions de Gœthe que je tiens pour bonnes, quoique d'un intérêt bien moindre que le Màrchen; l'une est intitulée Fragment de Gœthe si j'ai bonne mémoire; dans ses œuvres, c'est ISovelle. Je préférerais vraiment voir imprimer le Màrchen et j'avais des velléités de le mettre à la fin du Sartor anglais. Je ne tiens pas à l'autre œuvre, prise en soi, mais je la trouve bien belle en son genre. 11 y a çà et là dans le Fraser's Magazine, en petite quantité, quelques morceaux sans valeur sortis de ma plume ; une histoire, intitulée Cruthers and Jonson a été écrite il y a seize ans et imprimée quelque part (probablement la seconde année) dans ce fatras, avec quelques fautes d'impression grossières ; c'est le premier de mes écrits ou l'un des tout premiers, au surplus une chose plutôt à ne pas montrer, excepté à vos pareils. Somme toute, cependant, ô mon ami, je m'en remets tout à fait à Yotre jugement et à votre décision sans appel.

Cette lettre est bien trop longue, mais je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte. J'ai reçu le livre de Dwight, je l'ai goûté etjeluiai répondu; c'est un bon jeune homme, bien tel que vous le décrivez; pas un Anglais, à ma connaissance, n'a encore écrit des choses aussi sensées sur Gœthe et les choses d'Allemagne. Je vais aller aujourd'hui traiter avec Fraser au sujet d'imprimeurs et d'une seconde édition de la Bévolution. Le jour de mes conférences approche; c'est d'aujourd'hui en quinze! 0 ciel, je ne puis « parler », je ne puis qu'ouvrir la bouche, grimacer et bégayer — spectacle pour les dieux et les gens a la mode.

MAI 1839 Itl

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