‹ CorrespondanceChapitre 47 sur 130 · XL. — Emersofi à Cari y le · texte numérisé non relu

XL. — Emersofi à Cari y le

Coiu-onl. l.'-'8 avril 1839.

(Le tire d'affaires .

* XLL — Emerson à Carlyle.

Concord, le 15 mai l^'i'J.

(E. accuse réception des <ii iix lettres de C. du 13 cl du 17 avril. Il a Uouvé un libraire qui vendra en Amérique

la Révolution. Il imprimera, dans les Miscellanies, la iVoMvelle et le Conte, traduits de Gœthe, mais pas Cruthers and Jonson « œuvre indispensable à ceux qui désireraient voir les sources du Nil », qui fera mieux cependant dans l'édition définitive de Carlyle. Emerson insiste, en terminant, pour que Carlyle entreprenne enfin avec sa femme le voyage d'Amérique.)

* XLII. — Carlyle à Emerson.

Chelsea, Londres, le 29 mai 1839.

(Miss Sedgwick, annoncée, n'est pas encore venue).

« Mes conférences sont heureusement terminées depuis dix jours. Elles ont rencontré, suivant la formule consacrée, un succès satisfaisant, succès dont la seule partie appréciable est une somme d'environ deux cents livres gagnée par grande peine, mais aussi très rapidement, ce qui m'assure un répit économique d'une nouvelle année. Mes auditeurs se sont montrés infiniment tolérants. Je fus, cette année, moins agité avant, mais proportionnellement plus assailli de remords après. Une seule conférence fut assez bonne, à savoir la dernière, sur le sansculottisme, adressée à un auditoire en grande partie tory, tout froufroutant de la plus riche soie aristocratique ! Deux choses m'apparaissent clairement ; c'est, premièrement, qu'il m'eût fallu avoir un cheval ; je dus me borner à trois sorties ou galopades, sur une bête de louage ; je n'ai pas encore acheté mon cheval Yankee; mais il faut que je l'achète, car je ne puis vivre, si ce n'est au prix de grandes souffrances, sans un cheval. C'était chose infiniment douce que de s'échapper du tourbillon de poussière qui règne ici et de fuir, dans la solitude, au travers d'un océan de verdure et de splendeur, jusqu'à Harrow, puis

d'en revenir; el le lendemain on nvnit les nerfs en ordre et on était plein d'expressions, comme une source est remplie d'eau. Mais la seconde chose quej'ai découverte, c'est que l'improvisation, spécialement quand il s'agit d'un conférencier, est un art ou un métier, et qui exige un apprentissage auquel je ne me suis jamais soumis. A maintes reprises, je me suis dit que je devrais aller en Amérique l'hiver prochain, et vous faire des conférences, du Nord au Midi, jusqu'à ce (lue je sois maître de cet art...

Parfois j'aperçois en moi des rudiments d Un nouveau livre (Dieu soit loué !) Je le voudrais meilleur que la Jiévolulion fraïiçakc, j'entends mieux écrit. La plus grande partie de cet ouvrage, dont je viens de relire les épreuves ces dernières semaines, ne m'inspire que de la répugnance...

Wordsworlh est ici pour le moment. C'est un vieillard loquace, plutôt fade, mais pas ennuyeux. Il y a en lui comme une fraîcheur de ruisseaux et de brise des montagnes. On dit de lui : « Tu n'es pas grand, mais tu es nature; bonne chance ». Sterling est revenu d'Italie, raffermi dans sa santé et en très bon état, ma foi, si seulement il élait capable de retenir en repos... .Te l'entends parler de quelque sonnet qu'il a l'intention de vous adresser; quant à moi, il sait bien f(ueje reproche à ses vers de sonner le bois, de n'avoir de vraie mélodie ni dans la pensée, ni dans la phrase, ni dans les sons. Brave John ! Vîtes-vous jamais navet creusé en lanlerne par des enfants aussi vide que ce Walsingham (Jœlho ? L'i(;onoclas(e Collins lui passe au travers du corps son sabot de bois et continue sa route, sans presque rien dire...

Adieu, cher ami. Ce m'est dans ce monde un bien grand trésor de vous posséder. Ma femme vous envoie à tous son salut.

Cari.vi.1 et Embrbok. 8

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