‹ CorrespondanceChapitre 53 sur 130 · L. — Cari y le à Emerson · texte numérisé non relu

L. — Cari y le à Emerson

Chelsea, Londres, le 17 janvier 1840.

... .le n'ai rien à ajouter au sujet de Chartwnc, si ce n'est que Fraser a tiré un millier d'exemplaires qui constitueront la seconde édition, et (jue les gens m'accusent, non pas d'être un sans-culotte incendiaire et théorique menaçant de passer à la pratique, mais. Dieu soil loué, d'être un tory. Ia*s .UisccZ/au/^s sont sous presse, sous deux presses; pour paraître, à ce qu'affirme Hope, au mois de mars; cela fait cin(( volumes, sans C/wr/ùsTMe. Hoffmann et Tieck, extraits de (icrmna Homancr, y sont rattachés comme appendice et rpielques autres bagatelles ajoutées ailleurs, en appendice pour la plupart,

1 La lin de cetlre lottro a êtè enlevée.

le tout sans modification notable de l'édition de Boston. Fraser, « écrasé de besogne », ne m'envoie pas encore son compte définitif de ces 200 exemplaires vendus il y a quelque temps; aussitôt qu'il le fera, je vous en informerai pour votre satisfaction. Quant à German Romance, dites à mes amis qu'il est épuisé depuis dix ans, qu'on ne peut plus le trouver, et non sans difficulté ces derniers temps, que chez les bouquinistes. Heureusement la meilleure part en est contenue dans le nouveau Wilhelm Meister. Nous avions quelque envie, Fraser et moi, d'y ajouter ce qui se rapporte à Tieck et à Richter, si cela avait formé la matière d'un volume; le reste peut périr sans dommage pour personne.

Ces corrections et arrangements me font perdre ici mon temps et non pas de la façon la plus agréable. Je commence, bien que dans un état de santé aussi fâcheux que d'ordinaire, à me tourner encore vers quelque nouveau travail. J'ai souvent pensé à Gromwell et aux Puritains; mais je ne vois pas comment on pourrait présenter le sujet encore vivant; un sujet mort ne vaut pas d'être présenté. En attendant, je lis un fatras de livres : Eichhorn, Grimm, etc., un fatras considérable ; c'est tout juste s'il y a, dans un tombereau, une once bonne à empocher. Quel dommage que je n'aie pas le goût des conférences ! J'ai été l'objet, ici. de bien des sollicitations ; aucune ne m'a plus touché que celle qui m'est venue, avant-hier, d'un jeune homme distingué, à l'air candide, en son nom et au nom de certains autres employés de librairie dans l'Est de la Cité. Je ne puis me défendre d'y penser. Pauvres garçons ! Ils n'ont, dans ce monde au langage articulé, personne pour leur adresser une honnête parole, et ils se tournent vers moi ! Quant à vous, mon bon ami, je vous tiens pour plus heureux. En vérité, c'est ma pensée. Parlez donc des innombrables choses que vous avez à dire sur « l'âge présent », mais malgré tout n'oubliez pas non plus d'écrire, car en somme, c'est là l'es-

sentiel. J'ai là un curieux billet qu'on m'a communiqué l'autre jour ; il est adressé à un Écossais du nom d'Erskine (fameux parmi nos saints locaux) par une M™'-' iNecker, parente de M*"" de Staël, et à laquelle lui, le dit Erskine, avait prêté à Genève votre première brochure. Elle vous considère avec une certaine symi)athie, mais avec une sympathie mêlée d'un Irisson de frayeur. Elle (lit « cela sent l'Américain qui, après avoir abattu la forêt à coups de hache, croit qu'on doit de même conquérir le monde intellectuel' «.Nous espérons voir aussi ce que K. M. Milnes dira de vous. Je connais et Uéraud et Landor; mais hélas! je n'ai plus d'espace. Je trouverai bientôt le loisir de vous adresser une autre lettre renfermant moins « d'arithmétique ». Adieu, cher ami.

T. C.\[ILVLE.

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