En français dans le texte
XCVfl. — Emerson à Carlyle.
Concord, le 31 décembre 1841.
Mon cher ami,
Il y a longtemps que je vous dois une lettre et il me faut vous accuser réception de beaucoup de choses. Je n'ai pas eu le courage de répondre à vos deux missives contenant des nouvelles, la première, de la maladie mortelle, la seconde, de la mort de Sterling. Je n'avais rien à dire. Hélas ! comme en maintes circonstances antérieures, je ne savais ([ue penser...
.l'ai reçu vos notes touchant le progrès de l'impression de mon ouvrage à I.ondres et finalement le livre luimême... Tous mes remerciements pour votre aimable idée d'une notice et pour l'esprit bienveillant que vous y avez apporté. Mais il ne faut pas recommencer, s'il m'arrivait de vous envoyer d'autres livres. Une préface de votre main est une sorte de bannière ou d'oriflamme un peu trop splendide pour mon cas, et qui égare. Je me représente mes lecteurs comme formant un groupe très calme, simple, même obscur — des hommes et des femmes ayant quehjue culture et (juelqucs aspirations religieuses, jeunes ou bien d espi'il mysti((ue, groupe n'englobant aucunement la grand»' .uniée littéraire et mondaine, que personne ne peut dénombrer, (jui lit maintenant vos livres. Si vous me |)résente7,, vos lecteurs et les auteurs de feuilles littéraires essayent de me lire, cherchant en moi ce qui n'y est pas. Je préférerais avoir moins de lecteurs et uniquement ceux ((ui me revicMinent.
Je ne doute pas du bien-fondé de la critique que vous faites à mon ouvrage d'être parfois décousu et sans suite. Vous le dites en termes bien atténués. J en porterais un
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jugement bien plus rude. Il s'en faut de peu que la conscience que j'ai des défauts de ce que j'écris ne me retienne tout à fait d'écrire. Je ne suis ici qu'une sorte de lieutenant, en l'absence déplorable de capitaines, et j'écris mal les lois, pensant que c'est encore un meilleur hommage que le silence universel. Vous n'avez guère l'idée, vous autres habitants de Londres, des dignités et devoirs de nos sociétés provinciales de conférences. Mais quant à ce que vous dites aujourd'hui — et avez dit déjà — touchant la distance qui sépare mes écrits et ma pensée de la vie réelle, bien que j'entende en substance la même critique chez mes compatriotes, je ne comprends pas ce que cela veut dire. Si je pouvais jamais exprimer la loi et le droit idéal, je m'en déclarerais satisfait, sans mesurer de combien ils s'écartent du dernier texte du Congrès. Et bien qu'il m'arrive d'accepter l'invitation d'un auditoire populaire et de prêcher sur la Tempérance ou l'Abolition de l'esclavage, comme tout récemment, le l*^"^ août, je suis bien près d'éprouver, avant d'avoir terminé, combien il y a là, pour moi, une intrusion dans une autre sphère et une perte correspondante de force dans la mienne. Puisque je ne puis vous voir d'nnaé en année, n'y a-t-il donc jamais un Anglais vous connaissant bien qui vienne en Amérique et que vous puissiez m'envoyer pour répondre à toutes mes questions?
Amitiés, joie et santé pour vous et les vôtres.
R. W. Emerson.
XCVIIÏ. — Emerson à Carlyle.
Concord, le 31 janvier 1845.
(Garey and Hart, de Philadelphie, proposent de publier une édition de Carlyle et voudraient la faire précéder d'un portrait de l'auteur. S'y prêtera-t-il?).
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