AU MAIRE DE LA VILLE D’AIX-EN-PROVENCE
Paris 15 septembre 1868.
. À Monsieur le Maire et à Messieurs les Membres du Conseil Municipal de la Ville d’Aix,
Messieurs, j'ai depuis longtemps un devoir à remplir et je me permets de m'adresser aujourd’hui à vous, comptant sur votre bienveillance, pour me faciliter l’accomplissement de ce devoir.
Mon père, M. François Zola, a doté d’un canal la Ville que vous représentez. Je ne vous rappellerai pas ses
(1) Essais pour faire donner au canal construit par François Zola le nom de Canal Zola, et le nom à une voie d’Aix-en-Provence.
longues démarches auprès du Gouvernement, les luttes qu'il eut à soutenir dès le début, les succès qu’il avait obtenus lorsque la mort vint le saisir au moment où il allait réaliser son projet déclaré d’utilité publique. Plus tard, lorsque des obstacles entravèrent l’exécution de son œuvre, il n’était plus là pour écarter ces obstacles,
comme il en avait tant écarté déjà. Ses plans furent suivis et la Ville d’Aix reçut dans ses murs le seul filet d’eau qui l’alimente depuis dix années. Si ce filet d’eau était mince, c'était que les exécuteurs du projet avaient singulièrement amoïindri l’idée première de mon père.
Lorsque M. François Zola mourut, rappelez-vous, messieurs, ce fut un grand deuil. Les journaux du temps, la population reconnaissante parlèrent d’une récompense honorifique pour le travailleur qui était mort à l’œuvre. Et plus tard, quand les eaux arrivèrent dans la Ville, on se souvint encore du créateur du canal, bien des voix souhaitèrent que sa mémoire ne fut pas oubliée. Ce vœu du pays que vous entendez dans chaque bouche, que vous trouverez exprimé dans chaque famille de la localité, n’a pas exicore été exaucé. C’est pourquoi, je crois devoir m'adresser à vous et vous demander ce que l'opinion publique elle-même réclame.
Je me considère ici comme un simple interprète. Ce n’est pas moi qui vous rappelle les services de mon père, et qui vous sollicite d’accorder un hommage à sa mémoire : c’est la ville d’Aix elle-même, c’est la contrée entière, ce sont vos rues et vos campagnes.
Je ne hasarderais pas une pareille requête si je ne sentais derrière moi la foule de vos compatriotes prête à m’applaudir et à me crier : ‘* Nous sommes avec vous, nous voulons ce que vous voulez! ?”?.
Vous exaucerez, messieurs, cette prière de tous. En donnant satisfaction à vos commettants, vous accomplirez un acte de justice et de gratitude que chacun de ceux que vous représentez si dignement sera heureux de constater. Votre haute intelligence le comprendra : Une ville, en récompensant les hommes qui se sont dévoués pour elle, fait naître d’autres dévoûments. La ville d’Aix est fécondé'en gens de mérite ; elle ne voudra pas décourager ses enfants, leur montrant qu’elle peut perdre le souvenir
de ceux dont le cœur et l’esprit l’ont aimée et servie jusqu’à la ruine, jusqu’à la mort.
Permettez-moi d’ajouter que les travaux considérables du canal du Verdon ne doivent pas faire oublier un travail plus modeste qui a cependant rendu déjà de grands services. L’avenir ne saurait effacer le passé. Depuis 1857, le canal Zola a seul fourni à vos besoins. Il s’agit d’une bien vieille dette. D’ailleurs, mon père a lutté seul; vous récompenserez en lui l’initiative du Citoyen qui, sans autres secours que son talent et sa foi, arrive à réaliser une œuvre utile à un pays entier.
Ce n’est pas à moi, messieurs, de vous dicter quelle doit être la récompense. Je désire seulement que cette récompense soit toute honorifique et qu’elle consiste en un simple souvenir dont la valeur réside dans le sentiment de reconnaissance qui vous le fera vôtre.
J'espère en votre équité, en votre bienveillance. Pour moi, mon devoir est rempli ; j’ai dû être l’interprète de la population. À votre tour, messieurs, vous voudrez remplir votre mandat, vous écouterez le vœu de vos concitoyens et la prière d’un fils.
En attendant de connaître votre décision, je vous prie, Messieurs, de vouloir bien agréer l’assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus respectueux ??