À CHAMPFLEURY
Paris, 25 octobre 1868.
Mon cHER CONFRÈRE,
J'ai voulu, avant de vous remercier, lire en entier le livre que vous avez eu la gracieuseté de m'envoyer.
J'adore les chats, j’en ai toujours quatre ou cinq autour de moi. C’est vous dire le plaisir que m’a fait votre savant et spirituel plaidoyer. Vous n’êtes pas qu’un observateur, vous êtes un lettré, et je vous dois maintenant de connaître l’histoire vraie de mes bons amis les chats, que j’aimais d’instinct, sans trop savoir s'ils avaient à mon amitié d’autre titre que leur grâce souple.
Je désirerais vivement parler de votre œuvre quelque part. Je pourrais, dans un journal, vous dire tout au long
lien, à l’encolure de Sarcey dans le moment, légèrement crevard, mais en le regardant bien, le râblé jeune homme nous apparut avec des délicatesses, des modelages de fne porcelaine dans les traits de la figure, la sculpture des paupières, les curieux méplats du nez: en un mot, un peu taillé en toute sa personne à la façon des vivants de ses livres, de ces êtres complexes, un peu femmes parfois en leur masculinité... ?” (1) A propos d’un volume que Champfleury venait de publier sur les chats.
ce que je ne vous dis pas ici. Je comptais réserver cet. article pour La Tribune. Mais voilà que le rédacteur bibliographique de cette feuille, M. Asseline, a déjà parlé des Chaits, et d’une façon très amicale. J’espère que cela ne m’empêchera pas de revenir à la charge, mais je crains de ne pouvoir donner à mon compte rendu le développement que je rêvais. |
Merci encore pour les bonnes heures que vous venez, de me faire passer, et croyez-moi votre dévoué confrère,
A THÉODORE DURET
Paris, 3 novembre 1868.
Mon cHER DURET,
Pardonnez-moi si je ne me suis pas rendu au café Guerbois' et si je n’ai point encore répondu à votre lettre. J'étais dans la fièvre du dénoûment de Madeleine Férat, je ne voulais plus m’occuper de rien avant d’avoir ter: miné cette œuvre. Aujourd’hui la dernière ligne est écrite, je rentre dans la vie. Je n’ai plus à redouter que les paniques de l’éditeur et de l’imprimeur. Allez, écrire avec quelque audace ne rend pas l’existence rose!
Je suis prévenu, ma prochaine causerie de La Tribune sera courte.
Maintenant que me voilà libre, j'irai vous voir un de ces matins. Nous causerons.
Votre bien dévoué.