A L'ÉDITEUR LACROIX
Paris, 14 novembre 1868.
CHEer MONSIEUR,
Je reçois votre lettre qui me surprend beaucoup *. Je connais votre position devant la justice française, et j’aue..
(1) Le café Guerbois, qui devint le café Baudrequin dans L’ Œuvre, où se réunissaient les peintres impressionistes. Il était situé au n° 11 de la Grande Rue des Batignolles (aujourd’hui, 9, avenue de Clichy, brasserie. Muller). Voir les notes de Mes Haines.
(2) Lacroix venait d’apprendre que M ne Férat était RE d’être poursuivi. | K°! |
rais été le premier à vous avertir, si j'avais pensé que la publication de mon livre pût présenter quelque re pour vous. Fr
Raïisonnons, je vous prie. Madeleine Férat a déjàlété publiée dans L’Evénement sous le titre La Honte. Il est impossible qu’on inquiète cette œuvre mise en volume. Ce qui a été autorisé sur la voie pusntne ne saurait être défendu dans les librairies. M. Baüer * m’a bien dit ce qu’il vous a dit à vous même. Il paraît que, en effet, le procureur impérial l’a averti que, bien qu’on lui ait fait grâce, à lui qui est un officieux, on pourrait fort bien ne pas me faire grâce, à moi, rédacteur de La Tribune. C’est là, bel et bien, de la censure préventive, et au lieu de me demander des suppressions vous devriez m'aider à dire son fait au parquet. La question est celle-ci : peuton poursuivre en volume une page qui a été tolérée sur la voie publique ? — Et, d’autre part, un procureur impérial peut-il prendre sur lui d’annoncer à l’avance les poursuites dont un livre non publié sera l’objet? Remarquez que le procureur impérial parlait de ces poursuites futures au directeur même du journal auquel il venait de faire grâce.
Je ne vous accorde donc pas les coupures que vous me demandez. Pour moi, il y a une question de droit. Je crois de ma dignité d’aller en avant, d’affronter ce danger dont on me menace. Et, s’il le faut, je FACONIESS tout haut cette histoire. à
Une autre raison me fait vous refuser la coupure en question. C’est que le passage incriminé contient toute la thèse du roman. J’ai pris cette thèse dans Michelet et dans le docteur Lucas, je l’ai traitée d’une façon austère et convaincue. Je n’entends pas convenir que j'ai pu être immoral. Je préfère que le volume ne paraisse pas. D'ailleurs, j’espère que vous comprendrez mes raisons et que vous reviendrez sur votre décision. ils