Paul Claudel à André Suarès
Prague, 23 juillet 191 1.
Merci, cher ami, de votre petit mot. Je suis content d'avoir de vos nouvelles et de vous savoir sorti de vos ennuis d'installation. Merci aussi pour la proposition de représentation. Mais je n'ai pas encore écrit une ligne de ma nouvelle version de la Jeune Fille Violaine. En réalité c'est presque une nouvelle œuvre que je vais écrire et ne sais quand elle sera prête. D'ailleurs sa couleur religieuse effraiera sans doute tous les théâtres. N'en remerciez pas moins pour moi le directeur de La Grande Revue. Je serai heureux de voir une de vos pièces représentée.
Ma femme et mes trois enfants sont partis le 7 de ce mois pour la France. J'irai sans doute les rechercher à la fin de septembre. Je tâcherai à ce moment de vous voir au cours des quelques jours que je passerai à Paris.
Ma maison vide me semble bien triste, mais l'oflice des Bénédictins mes voisins le matin et l'après-midi de grandes promenades à travers les bois et les champs couverts de moissons m'aident à passer les journées.
Je vous serre affectueusement la main.
P. Claudel.
17© A ANDRE SUARES