‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 49 sur 142 · André Suarès à Paul Claudel · texte numérisé non relu

André Suarès à Paul Claudel

Mardi soir, [6 février 1906], 9 heures.

Tout l'échec est pour moi, et c'est vous qui l'essuyez. Vous m'êtes plus cher de ne pas vaincre à mon profit, que si vous y aviez réussi. Claudel, je rougis du mal que je vous donne : on soufire bien sensiblement de ne point aider au bonheur d'un ami; et bien plus même qu'à l'assurer on ne goûte de contentement. Nous aimons tant le bonheur ! Je vous trouverais mille excuses de quitter l'île déserte et Philoctète, à qui le dieu des voleurs en personne vient de dérober l'arc et les flèches.

Je suis donc dans la caverne, avec la criante blessure de cette vie au flanc : cette vie qui est si belle, vue du Paradis, ou même du Purgatoire.

Quant aux gens du Mercure, je suis de votre avis. Je suis d'ailleurs persuadé qu'ils n'ont même pas pour moi ce respect littéraire qu'ils vous gardent.' Le mauvais clerc, je gage qu'il a conduit toute l'affaire. Vous avez dû le sentir, — même de

loin. Et vous me le direz. Il fait bon savoir à quoi s'en tenir.

Tout ce que vous ferez sera bien fait. Je m'en remets à vous. Et si vous ne pouvez rien, c'est moi qui vous en ferai de tendres excuses.

Je suis à vous de tout cœur.

Su.

Non, cher ami : je ne prends pas pour des promesses les bonnes paroles que vous m'avez transmises. Mais de bonnes paroles sont bonnes, — et deux fois, ici.

A propos, je puis toujours répondre pour mille francs. Au delà, non. Je ne puis faire une dette que si je suis sûr d'en être quitte.

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