André Suarès à Paul Claudel
Mercredi 28 février [1906].
Interpone fuis inlerdum gaudia curis, — j'obéis enfin, pour un instant, à cette voix du bonheur, de la chair qui espère, qui est celle de la vie. C'est à vous, cher Claudel, que je dois ce moment de relâche.
Je veux donc dîner avec vous, samedi, — à la condition de ne point vous donner de gêne. Que me parlez-vous de Carême? — J'ai de tout temps beaucoup jeûné : je me mettrais en colère, si vous en doutiez.
Vous ne me dites rien de votre Drame : nous allons en parler, j'espère.
De cœur, tout à vous.
Su.
Je vous suivrai où vous voudrez; mais si j'avais pu voir Mr. Mithouard chez vous, qu'il aurait mieux valu! Je vous dirai pourquoi, d'un mot : Mr. Mithouard a un salon, et je suppose qu'il reçoit beaucoup de monde. Je suis muet et abîmé comme un roc, parmi ceux que je ne connais pas.
Et pour en finir, encore un aveu. Depuis longtemps, je n'ai plus ni habit ni redingote. Que faire, si samedi soir, tout le monde a l'uniforme de la bienséance? — mais quoi, vous ne voudrez pas m'y faire manquer.
8o A PAUL CLAUDEL