André Suarès à Paul Claudel
Jeudi [début de mars 1906].
Je suis inquiet, cher Claudel. Que vous arrive-t-il ? — Rien de trop grave, je l'espère ardemment. Ni ombre méchante sur les corps, ni menaces mauvaises à la paix de l'âme : rien de trop dur contre le cœur, enfin.
Je ne veux pas entreprendre^ sur le lieu secret de vos sentiments. Et si vous ne m'y invitez vous-même, je ne veux même pas en chercher le seuil. Mais enfin, si vous avez besoin de moi, n'hésitez pas un seul instant. Il me semble que vous ne me donnez pas sans motif votre adresse à Lyon. Quoi qu'il vous advienne, vous devez compter sur moi — et certes j'y compte.
Je n'irai pas ainsi chez M. puisque vous n'êtes pas là pour m'introduire, je vous en prie, demandez lui un jour et une heure où je puisse me trouver seul avec lui, — ou à deux ou trois.
Ou bien ce n'est pas la peine que j'y aille : je le regarderai pendant 2 heures, je l' écouterai et je ne lui dirai rien.
A vous de tout cœur.
Su.