‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 74 sur 142 · Paul Claudel à André Suarès · texte numérisé non relu

Paul Claudel à André Suarès

Municipalité Française

DE TiENTSIN

Cabinet du Président,

Tientsin, 30 juin 1907.

Mon cher ami,

Je viens de recevoir votre lettre qui m'a fait plaisir ^. Voilà bien longtemps que je pense à vous et que j'attendais de vos nouvelles. J'ai su simplement que vous collaboriez maintenant à une grande revue et que vous alliez avoir une pièce représentée dans un théâtre en plein air. Est-ce vrai ? et seriezvous tombé dans les filets de l'astucieux Boissy? Vous auriez parfaitement raison de vous faire jouer si vous le pouvez. Ce serait une expérience instructive que pour ma part je regrette de n'avoir pu faire.

Vous me demandez ce que je fais? Bien peu de choses, occupé comme je le suis par les tracas de toutes natures qui me prennent toutes mes heures. J'ai écrit cependant deux grandes odes de 25 pages chacune environ, je finis en ce moment la troisième et j'en composerai encore vraisemblablement une quatrième. Elles sont toutes composées des mêmes thèmes diversement unis, une exhalation lyrique de la pensée, souvenirs de la vie passée, espérances et liberté du chrétien, l'art et la vocation du poète, etc. J'aime cette forme parfaitement libre qui ne m'astreint plus à l'affabulation puérile du drame. Mon prochain livre sera donc intitulé : Cinq grandes Odes. Ce qui viendra ensuite, je n'en ai pas la moindre idée. Mon Art poétique est sous presse, j'ai hâte de le voir paraître, mais Gide qui doit en corriger les épreuves ne m'en donne pas de nouvelles.

J'ai lu avec beaucoup d'admiration les détails que l'on donne sur la mort de Huysmans. Voilà un homme qui écrivait

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