‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 10 sur 136 · JOHN ADAMS A B. FRANKLIN · texte numérisé non relu

JOHN ADAMS A B. FRANKLIN

Amsterdam, 2 mai 1782.

« Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 20 avril, et le fils de M. Laurens se charge de la lettre que vous y avez jointe pour son père. Les instructions nous sont arrivées à bon port par le courrier de Versailles, et je ne doute pas de la sûreté des autres dépêches confiées au même canal. J'ai reçu, par le capitaine Smedley, votre correspondance avec M. Hartley ; je saisirai la première occasion particulière de vous la renvoyer, ainsi que la correspondance avec le comte de Shelburne.

M. Laurens et M. Jay pourront, j'espère, venir à Paris ; mais sera-t-il en mon pouvoir d'y aller, c'est ce que j'ignore. Vos négociations pour la paix seconderont à merveille la proposition (que je suis chargé de faire, dès que la cour de Versailles le jugera convenable,) d'une triple ou quadruple alliance. Cet objet important, le traité de commerce que l'on discute en ce moment et la négociation de l'emprunt, voilà les motifs qui m'empêchent de quitter la Hollande, à moins d'une nécessité absolue. Si l'on était réellement disposé à permettre au Canada de se joindre la Confédération américaine, il n'existerait plus, je pense, de grandes difficultés entre l'Angleterre et l'Amérique, pourvu

toutefois que nos alliés reçussent aussi satisfaction. Dans une dépêche précédente, je disais que le moment était venu d'insister sur la reconnaissance formelle de notre indépendance ; mais je n'entendais pas qu'il fallût en faire l'objet d'un article dans le traité. Que les Anglais fassent un traité de paix avec les États-Unis d'Amérique, je n'ai pas besoin d'une autre reconnaissance.

L'affaire de l'emprunt me donne beaucoup de tourments et de fatigue. Il est vrai que je puis ouvrir un emprunt de cinq millions ; mais j'avoue que n'ai pas l'espérance de le voir remplir. On n'aura pas la somme. L'argent comptant n'est pas inépuisable en ce pays. Depuis deux ou trois ans le commerce de la Hollande a été ruiné ; la France, l'Espagne, l'Angleterre, la Russie, la Suède, le Danemark et d'autres puissances ont ici des emprunts ouverts, sans parler des emprunts hollandais, emprunts nationaux, provinciaux, municipaux. Les prêteurs sont déjà chargés de fardeaux au-dessus de leurs forces, et tous les courtiers de la République sont tellement engagés, qu'ils ne sauraient prêter un ducat au delà de ce qu'ils ont promis.

Telle est la véritable cause qui nous empêchera de réussir ; cependant on cherchera cent autres prétextes. On regarde comme un tel honneur et comme une telle entrée en affaires d'être le banquier des Américains, qu'il existe, pour obtenir ce titre, une concurrence prodigieuse. Plusieurs maisons de commerce ont des prétentions qu'elles font sonner très-haut ; quelle que soit celle que je choisisse, il y aura des plaintes et des cris.

J'ai pris quelques mesures pour calmer cette effervescence et contenter tout le monde ; mais, jusqu'à présent, j'ai peu d'espoir de succès. Je suis prêt à conclure avec toute maison qui m'assurera l'argent ; mais maintenant que j'offre l'emprunt, personne ne veut le prendre, quoiqu'au premier moment où l'on en a parlé, il y eût plusieurs

maisons qui se déclarassent prêtes à le souscrire. Examen fait de la chose, elles ne trouvent pas facile de se procurer de l'argent, ce que j'aurais pu leur annoncer d'avance. Pour moi personnellement, il m'est parfaitement indifférent de traiter avec telle ou telle maison, pourvu que ce soit au mieux des intérêts des États-Unis. Le problème est simple, mais il n'est pas d'une solution facile. Ce qu'il y a de plus clair, après dix-huit mois de tâtonnements pénibles, c'est qu'aucune maison ne fera grand' chose. Il est des temps et des pays où l'enthousiasme fait des prodiges, mais l'enthousiasme qu'on a ici pour les Américains n'est pas assez fort pour délier les cordons de la bourse. Peut-être aurons-nous plus de succès une autre année, si la guerre continue. J'ai l'honneur, etc.

J. Adams.

Pendant l'absence de M. Oswald, M. Laurens m'écrivit la lettres suivante.

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