AU MARQUIS DE CHASTELLUX
Sur la réception de son journal de Voyages. — Assemblée des notables.
Philadelphie, 17 avril 1787*
Cher monsieur,
Votre charmante lettre, avec votre précieux journal et la traduction du Poème du colonel Humphreys, ne m'est parvenue que récemment, quoiqu'elle soit datée de juin dernier. Je crois qu'on a tout envoyé aux Antilles. J'ai eu grand plaisir à lire ces écrits, comme tout ce qui vient de vous. Le portrait que vous avez fait de notre pays et de ses habitants est ce qu'on appelle en peinture une ressemblance en beau; nous vous en sommes fort obliges. Nous deviendrons meilleurs, si nous nous efforçons de mériter les éloges que vous avez la bonté de nous adresser, et
si nous profitons de vos critiques. On me dit que le Journal est traduit en anglais, et imprimé dans un de nos États ; j'ignore lequel, car je n'ai point vu cette traduction.
Les journaux nous apprennent que vous allez avoir une assemblée de notables, pour délibérer sur les réformes à introduire dans votre gouvernement. Il est singulier que nous soyons engagés en même temps, dans un projet semblable ; mais il en est ainsi, et le mois prochain une convention s'assemble à Philadelphie pour revoir et corriger notre constitution fédérale. J'espère que les deux assemblées auront le même succès , et que leurs délibérations et leurs conseils contribueront au bonheur des deux nations.
En Pensylvanie, malgré les partis, la marche de l'administration est facile; j'ai beaucoup moins d'embarras qu'on ne le craignait. Quelques gens turbulents ont causé dernièrement des désordres dans le^ Massachusetts ; mais aujourd'hui tout est rentré dans l'ordre. Le reste de nos États va bien, à quelques troubles près que le papiermonnaie a excités dans le Rhode-Island et le Maryland. M. Paine, que vous connaissez et qui s'est chargé de remettre en vos mains cette lettre, pourra vous tenir au courant de nos affaires"; je crois donc inutile de vous en dire davantage. Permettez-moi seulement de vous recommander M. Paine. Je me suis acquitté près de ces dames de toutes les commissions dont vous m'aviez chargé ; elles sont très-flattées de votre bon souvenir. Ma famille se joint à moi, pour vous exprimer les sentiments d'estime et de respect, avec lesquels , mon cher ami, je me dis votre tout dévoué, B. F.