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guerre à ses sujets d'Ecosse ou à ses sujets d'Angleterre en s'aidant des Écossais et des Irlandais, comme ont fait les Stuarts, l'exemple de ces générosités du Parlement n'ericouragerait-il pas les successeurs du prince à l'imiter? Ses sujets ne seraient-ils pas excités à se couper mutuellement la gorge, d'abord dans l'espoir d'avoir part aux confiscations, et ensuite dans celui d'obtenir des indemnités en cas de mauvais succès? Le conseil des animaux savait cela. De peur que cette fable ne vous soit inconnue, j'en joins ici une copie '.
Votre traité de commerce avec la France montre les progrès que les deux nations ont faits dans la science économique. Avec un peu plus de bon sens, toute PEuropa pourrait être beaucoup plus heureuse. En Amérique nous avons eu dernièrement une convention pour faire une nouvelle constitution. Je vous envoie le résultat des délibérations. Sera-t-elle acceptée et mise à exécution, c'est ce qu'on verra; jusqu'à présent les apparences sont en sa faveur.
Je suis toujours charmé d'avoir de vos nouvelles ; je me rappelle avec plaisir les heureux jours que nous avons passés ensemble. Adieu, mon cher ami, et croyez-moi toujours votre tout dévoué. B. F.
Cette constitution dont parle Franklin n'est rien de moins que la constitution fédérale qui gouverne les États-Unis, depuis soixante-quinze ans. Franklin siégea à la Convention aussi assidûment que lui permettait son grand âge, et il y a lu quelques discours qui furent écoutés avec respect. Parmi ces discours il en est deux surtout qui nous intéressent, le premier nous montre la foi de Franklin et le second son patriotisme.
1 . Voyez cette fable dans les Essais de morale et d'économie politique.
MOTION POUR FAIRE COMMENCER PAR UNE PRIÈRE LES SÉANCES DE LA CONVENTION,
Monsieur le président,
Après cinq ou six semaines de séances assidues et de discours continuels, nous avons fait peu de progrès ; nous différons de sentiments sur chaque question et souvent les Oui et les Non se partagent également ; triste preuve de l'imperfection de la raison humaine. Il semble que nous sentions que la sagesse politique nous manque, car nous nous sommes tous mis en quête pour la chercher. Nous sommes remontés à l'antiquité pour lui demander des modèles de gouvernement, nous avons examiné les différentes formes de ces républiques, qui portant en ellesmêmes, dès l'origine, un germe de dissolution, n'existent plus depuis longtemps ; nous avons fait le tour de l'Europe sans y trouver une constitution qui convint à notre situation.
Dans Tétat où se trouve l'assemblée, quand chacun cherche à tâtons la vérité politique, et serait à peine en état de la reconnaître, si elle se présentait à lui, comment se fait-il que nous n'ayons pas songé une seule fois à prier humblement le Père des lumières d'illuminer notre esprit? Au commencement de la lutte avec l'Angleterre, quand nous sentions le danger, on priait ici chaque jour pour invoquer la divine protection. Nos prières ont été entendues; la bonté divine les a exaucées. Tous ceux de nous qui ont été engagés dans le combat ont pu fréquemment observer ce que la faveur de la Providence a fait pour nous. C'est à cette bonne Providence, que nous devons le bonheur de délibérer en paix sur les moyens d'établir notre ^félicité nationale. Avons-nous oublié ce puissant Ami? Ou supposons-nous que nous n'avons plus besoin de son assistance? J'ai vécu longtemps, et plus longtemps je vis, plus je vois
des preuves convaincantes de cette vérité, que Dieu gouverne les affaires humaines. Si un passereau ne peut tomber à terre sans la permission de Dieu, est-il probable qu'un empire puisse s'élever sans son secours? Les écritures saintes nous assurent que « on bâtira toujours en vain si le Seigneur n'y met la main », je crois cela fermement ; et je crois aussi que sans le secours de Dieu nous ne réussirons pas mieux dans notre édifice politique que ne firent les constructeurs de la tour de Babel ; nos petits intérêts locaux et partiels nous diviseront: nos projets seront confondus, nos noms seront l'opprobre et la risée de l'avenir. Et ce qui est pis, l'humanité après un pareil échec désespérera d'établir un gouvernement par l'effet de la sagesse humaine et abandonnera cette œuvre au hasard, à la guerre, et à la conquête.
Je propose donc :
Que chaque matin, avant de commencer nos affaires, il soit fait des prières pour implorer Fassistance du ciel, et ses bénédictions dans nos délibérations ; et qu'un ou plusieurs pasteurs de la cité soient requis de faire cet office.
Excepté trois ou quatre personnes, la convention trouva que des prières étaient iuutiles. Ainsi s'exprime Franklin dans une note, qui trahit sa mauvaise humeur. La convention , il est vrai , refusa d'accepter cette motion, mais simplement parce qu'elle craignit qu'au dehors on ne l'interprétât comme un aveu d'impuissance et de division. L'idée d'implorer Dieu, dans une assemblée, n'avait rien qui répugnât aux idées américaines; à Washington on prie à l'ouverture des séances du Congrès.
Le dernier discours que Franklin apporta à la convention, et qu'il fit lire par son ami James Wilson, est resté justement célèbre; le voici :
DISCOURS PRONONCÉ DANS LA CONVENTION FÉDÉRALE, A LA FIN DES DÉLIBÉRATIONS.
Monsieur le président,
J'avoue qu'en ce moment je n'approuve pas entièrement cette constitution : mais je ne suis pas sûr que, par la suite, je ne l'approuverai pas. J'ai vécu longtemps, et j'ai souvent éprouvé que l'expérience ou la réflexion m'ont forcé de changer d'opinion, même sur des sujets importants; ces opinions, je les croyais justes d'abord, mais je finissais par trouver qu'il en était autrement. C'est pourquoi plus je deviens vieux , et plus je suis porté à me défier de mon propre jugement. La plupart des hommes, ainsi que la plupart des sectes religieuses, se croient en possession de la vérité tout entière, toute opinion différente est une erreur. Steele, qui était un protestant, dit au pape, dans une dédicace : a Que la seule différence qu'il y ait entre l'Église romaine et l'Église anglicane, c'est que l'Église de Rome est infaillible, et que l'Église anglicane n'a jamais tort. * Mais quoique beaucoup de gens ne doutent pas plus de leur propre infaillibilité que de celle de leur Église, peu d'entre eux l'expriment aussi naturellement qu'une dame française, qui, dans une petite dispute qu'elle avait avec sa sœur, lui disait : « Je ne trouve que moi qui a toujours raison * . »
Dans ces sentiments, j'accepte cette constitution avec tous ses défauts» s'il y en a, parce que je crois qu'un gouvernement général nous est nécessaire, et que quelque forme qu'ait un gouvernement, il n'y en a pointquine puisse être un bienfait pour là nation, s'il est bien administré. Je crois en outre que le nôtre sera bien administré pendant une suite d'années, et que s'il finit par devenir despotique
1. Ceci est pris des Mémoires de Mme de Staal (Mlle de Launay).
comme ceux qui Pont précédé, c'est que le peuple sera assez corrompu pour avoir besoin d'un gouvernement despotique, étant incapable d'en supporter un autre.
Je ne pense pas davantage qu'une autre convention fit une meilleure constitution que celle-ci; car lorsque vous assemblez un certain nombre d'hommes pour recueillir le fruit de leur sagesse collective, vous assemblez inévitablement avec eux leurs préjugés, leurs passions, leurs erreurs, leurs vues étroites et leur égoïsme. Une telle assemblée peut-elle produire rien de parfait? Non, sans doute; et je suis étonné que notre constitution approche autant de la perfection qu'elle le fait. J'imagine même qu'elle étonnera nos ennemis, qui s'attendent avec confiance avoir nos projets confondus comme ceux des constructeurs de la tour de Babel , et qui croient que nos États sont sur le point de se séparer, pour ne plus se rencontrer qu'afin de s'égorger mutuellement.
J'accepte donc cette constitution parce que je n'en attends pas de meilleure, et parce que je ne suis pas sûr qu'elle ne soit pas la meilleure. Je sacrifie au bien public i'opinion que j'ai de ses défauts. Je n'en ai jamais murmuré un seul mot au dehors. C'est dans cette enceinte que sont nés mes doutes, c'est ici qu'ils doivent mourir. Si, en retournant vers ses constituants, chacun de nous leur faisait part de ses objections, et s'efforçait de gagner des partisans pour les soutenir, nous empêcherions qu'elle fût généralement adoptée, nous perdrions ainsi les effets salutaires et les grands avantages que nous produira à l'étranger et chez nous notre unanimité réelle ou apparente. La force et les moyens qu'a un gouvernement pour faire ou garantir le bonheur du peuple, dépendent beaucoup de l'opinion, c'est-à-dire de l'idée générale qu'on se forme de sa bonté, ainsi que de la sagesse et de l'intégrité de ceux qui gouvernent.
J'espère donc que pour nouSj qui faisons partie du peu-
pie, et pour nos descendants, nous travaillerons cordialement et unanimement à recommander cette constitution partout où notre crédit peut s'étendre; et nous tournerons nos pensées, nous dirigerons nos efforts vers les moyens de la faire bien administrer.
Enfin, je ne puis m'empêcher de former un vœu, c'est que ceux des membres de cette convention, qui peuvent encore avoir quelque chose à objecter contre la constitution, veuillent, avec moi, douter un peu de leur propre infaillibilité, et que pour manifester notre unanimité, ils mettent leur nom au bas de cette charte.
On fit alors la motion d'ajouter à l'acte, cette formule : « Fait en convention^ d'un consentement unanime, etc.» — La motion passa, et la formule fut ajoutée.
A MISTRISS JANE MECOM.
Philadelphie, 4 novembre 1787.
Chère sœur,
J'ai reçu de vous une bonne lettre qui m'a fait le plaisir de m'apprendre que vous vous portez bien. Je suis charmé que vous ayiez fait la provision d'hiver dont je vous avais parlé. Votre billet a été payé. Il m'est impossible de toujours deviner ce dont vous pouvez avoir besoin, j'espère donc que vous ne craindrez jamais de me faire connaître de quelle façon je puis vous rendre la vie plus commode.
J'avais l'intention de décliner une nouvelle élection à la Présidence, afin d'avoir la liberté de faire un tour à Boston, au printemps ; mais je me soumets à la voix unanime de mon pays qui me veut une fois encore au fauteuil. Voilà plus de cinquante ans que je suis employé dans des fonctions publiques. Quand j'appris au docteur Gooper, votre excellent ami, qu'on m'envoyait en France,
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à soixante-dix ans, je lui dis que le public après avoir mangé ma chair, semblait résolu à ronger mes os; sur quoi le Docteur rne répondit qu'il approuvait le goût du public ; car ce qui est le plus près des os est le plus délicat. Ce n'est pas pour moi une faible joie, et j'espère que ce sera un plaisir pour ma sœur, de voir qu'après s'être servis de moi si longtemps, mes concitoyens m'élèvent une troisième fois au poste le plus honorable qu'ils puissent me conférer, et cela à l'unanimité, moins ma voix. La confiance illimitée que me témoigne tout un peuple, flatte ma vanité, beaucoup plus que ne le ferait une pairie. Des rubans, des cordons, ce ne sont pas là de véritables honneurs.
Toute la famille va bien, et moi aussi, grâce à Dieu. Nous vous envoyons tous nos souhaits pour vous et les vôtres. Je suis toujours, chère sœur, votre frère dévoué.
a l'imprimeur de l'evening herald a Philadelphie.
Monsieur,
Les nouvellistes anglais ne perdent pas une occasion de noircir l'Amérique. Ne devrions-nous pas éviter de les aider en nous critiquant les uns les autres, surtout quand ces critiques ne sont pas fondées?
J'ai lu dans un de vos derniers numéros des réflexions sur l'État de Massachusetts. Vous en blâmez la conduite, comme inconséquente, absurde et criminelle, parce qu'on y veut lever un impôt de timbre, et qu'on y fait la traite des nègres.
L'auteur de ces réflexions aurait dû considérer que lorsque les Américains ont repoussé l'Acte du Timbre, c'était surtout parce que cet impôt était établi par un parlement anglais qui n'avait pas le droit de les taxer ; car
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autrement un impôt de timbre peut se lever sans plus d'inconvénient que tout autre impôt. L'Irlande a un acte de timbre qu'elle a votée dans son parlement ; mais si l'Angleterre prétendait imposer une taxe semblable sur le peuple irlandais, il est probable que l'Irlande résisterait, sans qu'on pût néanmoins l'accuser d'inconséquence.
Un ou deux armateurs de Boston qui emploient leurs navires à l'abominable traite des nègres, méritent certainement d'être condamnés, quoiqu'ils n'apportent pas leurs esclaves dans le pays, et qu'ils les vendent aux Antilles. L'État de Massachusetts n'a jamais, que je sache, donné d'encouragement à ce commerce diabolique ; et il y a toujours eu moins d'esclaves dans la nouvelle Angleterre que dans les autres colonies anglaises. Des jugements qui portent sur toute une nation sont rarement justes, et il ne faut pas décrier tout un peuple pour les crimes de quelques individus.
L'insertion de cette lettre sera une réparation pour ce brave peuple, et obligera un de vos abonnés qui est
Un Pensylvanien.
À MÀTHER BYLES, PASTEUR A BOSTON.
Philadelphie, 1er janvier 1788.
Cher vieil ami,
J'ai reçu votre bonne lettre du 14 mai. J'étais alors fort occupé par notre Convention générale ; cette occupation jointe aux affaires courantes du gouvernement, prenait tellement mon temps que j'ai été obligé d'ajourner mes réponses aux lettres de mes amis; il en est résulté que quelques-unes de ces lettres se sont égarées, et parmi celles-là était la vôtre qui m'est seulement retombée sous la main la semaine dernière.
C'est un grand plaisir pour moi d'apprendre que mes
paratonnerres ont servi à vous protéger vous et les vôtres. Je souhaiterais pour vous que l'électricité fût réellement un remède pour la paralysie comme on l'a supposé tout d'abord. Pour vous, que l'âge et la maladie ont affaibli, et empêchent d'écrire, il est toutefois heureux d'avoir sous la main une fille qui vous soigne avec une attention filiale, et qui se fasse votre secrétaire. L'élégance et la correction de la lettre à laquelle je réponds prouve combien votre fille est digne de cet emploi. Moi aussi j'ai une fille, qui vit avec moi, et qui est la consolation de mes dernières années, tandis que mon fils est éloigné de moi, par le rôle qu'il a joué dans la dernière guerre. Il vit dans cette Angleterre dont il a épousé la cause. C'est une preuve nouvelle du vieux proverbe : Mon fils est mon fils jusqu'à ce qu'il ait pris femme, mais ma fille est ma fille tous les jours de sa vie.
Je me rappelle que vous aviez une petite collection de curiosités. Faites-moi l'honneur d'y donner place à cette médaille que j'ai fait frapper à Paris. Les connaisseurs en ont approuvé la pensée, la gravure est bien exécutée. Recevez tous mes vœux, je suis toujours votre ami dévoué et votre humble serviteur. B. F.
En lisant ces aimables lettres, on recule d'un siècle en arrière; on se transporte en idée à Philadelphie, on voudrait entrer dans la maison de Franklin et se donner le plaisir de le suivre au milieu de ses études, et de causer avec lui.
Ce plaibir, un contemporain de Franklin l'a goûté si vivement et nous en a fait une peinture si fidèle, qu'on me permettra de placer ici ce tableau d'intérieur, qui, si j'en juge par moi, charmera plus d'un lecteur.
C'est à M. Sparks que j'emprunte ces pages extraites du journal tenu par le révérend docteur Manassé
Gutler, (THamilton (Massachusetts) \ Le docteur, qui était un botaniste distingué, fit une visite à Franklin, le 13 juillet 1787, voici comment il la raconte :
ce Le docteur Franklin vit dans la rue du Marché. Sa maison est au fond d'une cour à quelque distance de la rue. Nous le trouvâmes dans son jardin, assis sous un trèsgrand mûrier, entouré de plusieurs messieurs et de deux ou trois dames. M. Gerry me présenta, le docteur se leva, me prit la main, il me dit qu'il avait du plaisir à me voir, que j'étais le bien venu à Philadelphie et il me pria de m'asseoir à côté de lui. Sa voix était foible, mais son visage était ouvert, franc, et agréable. Je lai remis mes lettres. Après les avoir lues, il me prit par la main, et me présenta à ces messieurs qui pour la plupart sont des membres de la convention 2.
<c On se mit à causer librement et le temps se passa fort agréablement jusqu'à la brune. Le thé fut servi sous l'arbre ; mistriss Bâche, qui est la seule fille du docteur, et qui vit avec lui, offrit le thé à la compagnie. Elle avait trois de ses enfants autour d'elle ; ils semblaient tous trèsépris de leur bon papa. Le docteur me montra une curiosité qu'il venait de recevoir, et qui lui plaisait beaucoup. C'était un serpent à deux têtes, conservé dans un bocal. On l'avait pris au confluent de la Schuylkill et du Delaware , à quatre milles de Philadelphie. Il avait environ dix pouces de long et était bien proportionné ; les têtes étaient parfaites et s'unissaient au corps à un quart de pouce au-dessous des mâchoires. Le serpent était d'un brun foncé, presque noir, le dos était parsemé de taches blanches; le ventre était marqué de rouge et de blanc. Le