APERÇU DES SERVICES DE B. FRANKLIN
En Angleterre, il combattit l'acte du timbre. Ses écrits dans les journaux, son Examen devant le Parlement, passèrent pour avoir beaucoup contribué au rappel de cette loi.
Il s'opposa à l'acte qui établissait de nouveaux droits, et s'il ne put l'empêcher, il obtint du moins de M. Townshend la suppression de plusieurs articles, notamment de celui concernant le sel.
Dans les différends qui suivirent, il publia divers écrits pour combattre la prétention du Parlement au droit de taxer les colonies.
Il s'opposa à tous les actes qui tendaient à l'oppression de l'Amérique.
Il conduisit deux négociations secrètes avec les ministres pour en obtenir le rappel, ce dont il a mis le détail par écrit4. Il offrit, à ses propres risques, de faire payer le thé qui avait été détruit à Boston, pour le cas où ces lois seraient rapportées.
Il fut associé à MM. Bolland et Lee dans toutes les demandes présentées au gouvernement à ce sujet. Il publia, à ses frais, contre les mesures prises par le
ministère, divers pamphlets dont l'impression fut trèscoûteuse; il s attira parla la haine des ministres, et fut insulté devant le conseil privé, destitué de la place de maître des postes, dont le produit annuel était de 300 liv., obligé de résigner ses diverses agences qui lui rapportaient :
Agence de la Pensylvanie. . . « 500 livres.
— du Massachusetts. . . . 400 —
— de New- Jersey 100 —
— de la Géorgie 200 —
1200 livres.
En tout 1500 livres st.
(37 500 fr.) par an.
Des ordres furent envoyés aux gouverneurs du roi de ne signer aucune ordonnance sur la trésorerie pour le payement de son traitement ; et quoique les colonies qui l'employaient ne lui eussent pas retiré leurs pouvoirs il pensa que le mauvais vouloir de la cour à son égard le rendrait moins propre que tout autre à conduire les affaires des colonies pour leur plus grand avantage, et jugea qu'il était de son devoir de se retirer et de laisser l'agence à des personnes mieux vues, ce qui évita aux colonies la nécessité de le rappeler.
De retour en Amérique, il encouragea la révolution. Il fut nommé président du comité de sûreté, et lui donna l'idée des chevaux de frise, pour protéger Philadelphie, où le Congrès tenait alors ses séances.
En 1775, il fut envoyé par le Congrès au quartier général, près de Boston, avec MM. Harrison et Lynch,
pour régler quelques affaires avec les gouvernements du Nord, et le général Washington.
Au printemps de 1776, il fut envoyé au Canada avec MM. Chase et Carrol, et traversa les lacs qui n'étaient pas encore dégelés. Au Canada, il fit droit, de concert avec ses collègues, à diverses plaintes des habitants, ce qui les rendit plus favorables à notre cause. Il y avança de sa poche au général Arnold et à d'autres agents du Congrès qui se trouvaient dans le plus grand besoin, 353 livres en or, sur le crédit du Congrès, ce qui leur fut de la plus grande utilité pour procurer des provisions à notre armée.
Ayant soixante-dix ans passés quand il fut chargé de cette mission, sa santé souffrît des fatigues de ce voyage, et surtout d'avoir couché au milieu des bois dans une saison rigoureuse; mais, la même année, dès qu'il fut rétabli, il reçut l'ordre du Congrès de se rendre en France. Avant son départ, il lui remit tout l'argent qu'il put se procurer, ce qui montait entre trois ou quatre mille livres (75 à 100 000 fr.), et la confiance qu'il montra engagea d'autres citoyens a prêter leur argent pour le soutien de la cause commune*
Il ne fit pas de marché pour ses appointements, mais un vote de l'assemblée lui promit un salaire net de 500 livres sterling (12 500 fr.), ses dépenses payées, et l'assistance d'un secrétaire qui devait recevoir, pour toutes choses, la somme de 1000 livres sterling par an (25 000 fr.).
Lorsque l'assemblée de Pensylvanie l'envoya en Angleterre en 1764, avec le même traitement, on lui en paya une année d'avance pour fournir aux frais de la traversée, et en considération du préjudice que son
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départ soudain et son absence devaient occasionner à ses affaires. Le Congrès n'en a pas agi de même ; on l'a mis à bord d'un misérable vaisseau incapable de naviguer dans les mers du Nord, et qui a coulé au retour ; il y a été si mal nourri, qu'à son arrivée, il avait à peine la force de se soutenir.
Les services qu'il a rendus aux Etats-Unis en qua lité de commissaire, et ensuite de ministre plénipotentiaire, sont connus du Congrès, et sont établis dans sa correspondance. Il est possible que ceux qu'il a rendus, en dehors de ses fonctions, soient moins connus, c'est pourquoi ils vont être mentionnés.
Le secrétaire qu'on lui avait promis n'étant jamais arrivé, les fonctions de cette place ont été remplies, d'abord en partie, et ensuite, quand les autres commissaires l'eurent quitté, entièrement par lui, avec l'aide de son petit-fils, dont le salaire borné d'abord à la nourriture, à l'entretien et au logement, n'a jamais excédé 300 livres (7 500 fr. par an), si ce n'est pendant le temps qu'il a servi de secrétaire aux commissaires chargés de négocier la paix. Il en est résulté pour le Congrès une économie de 700 livres (17 800 fr.), pendant plusieurs années, s'il juge à propos d'en profiter.
Il a rempli les fonctions de consul durant plusieurs années, jusqu'à l'arrivée de M. Barclay, et même ensuite, pendant les voyages que ce dernier fit enHollande, en Flandre et en Angleterre; toutes les affaires du consulat qui se présentaient pendant son absence ont été renvoyées à M. Franklin.
Il a fait aussi, sans mandat spécial, les fonctions de juge d'amirauté ; car le Congrès lui ayant envoyé un grand nombre de commissions en blanc pour des cor-
saires, il les délivra à des bâtiments équipés dans les ports de France, dont quelques-uns étaient montés par d'anciens contrebandiers qui connaissaient jusqu'à la moindre crique des côtes d'Angleterre, et qui croisant autour de cette. île, gênèrent considérablement le cabotage des Anglais, et firent hausser le prix des assurances. Un seul de ces corsaires, le Prince noir, prit en un an soixante-quinze bâtiments. Tous les papiers qui se trouvaient à bord de chaque prise, étaient en vertu d'un ordre du conseil envoyés à M. Franklin, qui devait les examiner, prononcer sur la validité de la capture , et écrire alors à l'amirauté de chaque port que le bâtiment capturé lui paraissait de bonne prise, et qu'on pouvait en permettre la vente. Il produira ces papiers qui sont très-volumineux.
On l'a aussi employé comme négociant pour faire des achats et pour veiller à l'embarquement des objets achetés. Il y en a eu pour des sommes considérables, et il n'a jamais porté dans ses comptes aucune commission pour cet objet.
Mais la partie du service qui a été la plus fatigante et qui Ta tenu le plus au logis, a été celle de recevoir et d'accepter, après examen, les lettres de change tirées par le Congrès pour l'intérêt de ses emprunts, et qui montaient annuellement à deux millions et demi de livres l. Une foule de ces traites étaient de petites sommes, et la plus petite donnait autant de peine que la plus considérable. Un examen scrupuleux était d'autant plus nécessaire, que très-souvent on se présentait pour toucher les secondes et troisièmes lettres de change