‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 119 sur 136 · A MISS CATHERINE LOUISA SHIPLEY · texte numérisé non relu

A MISS CATHERINE LOUISA SHIPLEY

Sur la mort de son père.

Philadelphie, 27 avril 1789.

Il y a quelques jours seulement que la bonne lettre de ma jeune amie m'est parvenue, sous la date du 24 décembre. J'avais déjà lu dans les journaux la triste nouvelle. Ainsi donc cet excellent homme nous a quittés ! Sa mort est une perte, non-seulement pour sa famille et pour ses amis, mais encore pour sa patrie et pour le monde entier; car il s'occupait de faire du bien ; il avait la sagesse qui choisit les moyens, et le talent qui les fait réussir. Son Sermon devant la Société pour la propagation de VÉvangile, et son Discours à prononcer1, sont des preuves de son talent et de son humanité. Si les ministres eussent écouté les conseils que leur offraient ces deux ouvrages, que de sang on eût épargné ! et combien de dépenses et d'humiliations on eût évitées à la nation !

Vos réflexions sur le calme parfait et la tranquillité de ses derniers moments sont bien touchantes. De pareils exemples semblent démontrer que le juste a quelquefois

1. Ces deux pièces, publiées en 1774, étaient d'habiles défenses de la cause américaine.

en mourant, an avant-goût de l'heureux état où il va entrer.

Selon l'ordre de la nature , j'aurais dû quitter cette terre longtemps avant lui; mais je ne tarderai pas à le suivre. Je suis maintenant dans ma quatre-vingt-quatrième année. La dernière année m'a considérablement affaibli; je ne compte guère en voir une nouvelle. Veuillez donc, ma chère amie, regarder ces lignes comme les derniers mots que, suivant toute apparence , vous recevrez de moi. C'est un dernier adieu. Présentez, je vous prie., mes respects les plus sincères et les plus tendres à votre bonne mère; mes amitiés à tout le reste de la famille, à qui je souhaite tous les bonheurs, et croyez-moi, tant que je vivrai, votre bien affectionné B. F.

A RICHARD PRICE

Philadelphie, 31 mai 1789.

Mon très-cher ami,

J'ai reçu dernièrement votre bonne lettre qui en renfermait une où miss Kity Shipley m'informait de la mort du bon évêque. Cette nouvelle m'a fort affligé. Mes amis disparaissent l'un après l'autre, alors que mon âge et mes infirmités m'empêchent d'en faire de nouveaux. Et quand même je conserverais l'activité et les dispositions nécessaires, je ne vois pas où je pourrais trouver, dans la génération présente, des amis aussi bons que ceux que je perds. De sorte que, plus je vivrai, plus je dois m'attendre à être misérable. A mesure que nous approchons du terme de la vie, la nature nous fournit de nouveaux secours pour nous en détacher : et l'un des plus puissants, c'est la perte de si chers amis.

Je joins à cette lettre les deux volumes de nos Transac-

iii — 21

tions; je ne me rappelle plus si vous avez ou non reçu le premier. Si vous l'avez, obligez moi de remettre celui que je vous envoie à l'ambassadeur de France, en le priant de le faire tenir au bon duc de La Rochefoucauld.

Mes vœux les plus chers vous accompagnent, mon cher ami, etc.. B. F.

Page 1