‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 123 sur 136 · A JOHN WRIGHT A LONDRES · texte numérisé non relu

A JOHN WRIGHT A LONDRES

État de V Amérique. — Abolition de la traite.

Philadelphie, 4 novembre 1789.

Cher ami,

Notre Congrès a tenu déjà sa première session sous l'empire de notre nouvelle constitution, et autant à la satisfaction générale qu'on pouvait raisonnablement l'espérer. Je souhaite que la crise où la France est engagée se termine aussi heureusement pour cette nation. Nous sommes maintenant en pleine jouissance de notre nouveau gouvernement pour onze États ; l'opinion générale est que la Caroline du Nord va s'y réunir. Rhode-Island, suivant toute apparence, prendra plus longtemps pour se décider.

Nous avons eu une année très-abondante. Notre peuple se guérit vite des extravagances et des habitudes d'oisiveté que la guerre avait introduites, il prend de sérieuses habitudes de tempérance, d'économie et de travail, qui donnent les plus riantes espérances d'une félicité nationale. Il y a chez vos marchands une grande imprudence à nous encombrer d'une si grande quantité de marchandises, que nos négociants n'ont pas commandées, et que nous sommes hors d'état de consommer d'ici à longtemps. Pour faire de l'argent, on envoie cet excès de marchan-

1. La 'parabole de V amour fraternel. Voy. les Essais de morale.

dises à des salles d'encan ; nous en avons six ou sept à Philadelphie et aux environs ; les articles s'y vendent fréquemment au-dessous du prix coûtant, au grand préjudice des indiscrets spéculateurs. On trouve sans doute nos journaux dans vos cafés, près de la Bourse. Lisez les annonces; vous y verrez le nombre et la continuité de ces sortes de ventes, aussi bien que les espèces de marchandises importées par nos commerçants ordinaires. Je lis souvent dans vos journaux anglais que nous n'avons plus de crédit chez vous; il nous semble à nous que nous en avons trop, et que vos exportateurs ne sont pas tout à fait dans leur bon sens.

Je souhaite que vous réussissiez à faire abolir la traite des Nègres. La lettre de votre assemblée annuelle f de 1758, n'est pas la première semence du bon grain dont vous parlez. Je vois par une vieille brochure, dont je suis possesseur, qu'il y a près de cent ans que George Keith écrivit contre cette pratique inhumaine. Il y est dit que : « ce mémoire a été publié par ordre de l'assemblée qu'il présidait dans la maison de Philip James à Philadelphie, vers l'an 1693. » Il y est expressément enjoint aux Amis2 <k de donner la liberté à leurs Nègres, après un terme raisonnable de service, etc. j> Et vers Tannée 1728 ou 1729, j'ai moi-même imprimé un livre pour Ralph Sandyford, un antre de vos Amis, qui vivait ici. Ce livre où il se prononce contre l'esclavage des Nègres, a eu deux éditions que l'auteur distribua gratis. Et aux environs de l'an 1736, j'ai imprimé un autre livre sur le même sujet. L'auteur était Benjamin Lay, qui s'intitulait aussi un de vos Amis; il distribua son livre surtout parmi ses coreligionnaires. Ces exemples prouvent que le bon grain a été semé sur le bon terrain par des gens de votre Église, bien avant le

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