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C'est le nom que se donnent les Quakers

temps dont vous parlez. » Qu'il se lève enfin, quoique si tard, c'est une confirmation de l'observation faite par lord Bacon : Bonne idée ne meurt jamais. Cela doit nous encourager à en proposer, alors même que nous n'espérons pas un succès immédiat.

Je doute fort que je sois en état de finir mes Mémoires, et, si je les termine, je ne sais s'ils seront dignes d'être publiés. Vous paraissez en avoir une trop haute opinion, et en attendre un trop bon résultat.

Je crois que vous avez raison de préférer une forme mixte de gouvernement pour votre pays , dans les circonstances présentes. S'il vous était possible de réduire les

1. « Franklin a toujours été un ennemi de l'esclavage et de la traite. Le hasard ma mis en possession d'une pièce inconnue, même en Angleterre : c'est une adresse très-remarquable que Franklin envoya, le 26 mai 1788, au marquis de La Fayette, au nom de la Société Philanthropique de Philadelphie. Cette adresse est ainsi conçue : « Nous avons embrassé une cause qui intéresse également et l'honneur des États-Unis et le bonheur du genre humain. Le but glorieux que nous nous proposons, est d'abolir la traite des esclaves, de détruire insensiblement l'esclavage luimême. Nous regardons comme un devoir sacré pour nous de chercher à soulager, par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, les maux de ce malheureux peuple, condamné aux misères d'une éternelle servitude. La réputation dont vous jouissez parmi vos compatriotes, l'intime conviction que nous avons de votre philanthropie, nous engagent à vous faire part du but intéressant de notre institution. Ce siècle s'est distingué par une révolution bien remarquable ; l'esprit humain a reconnu sa propre influence; les hommes commencent à se considérer enfin comme membres d'une même famille. Les cris de douleur de nos frères infortunés ont retenti des côtes d'Afrique jusqu'aux oreilles des citoyens des États-Unis. La plupart de nos États ont aboli déjà la traite des esclaves, et notre Constitution générale a pris des mesures pour achever ce grand œuvre de philanthropie r\ La

* La Constitution avait fixé à l'année 1808 l'abolition de la traite. Ce qui eut lieu. L'Amérique a été un des premiers pays à prohiber cet abominable trafic. En France la traite n'a été supprimée que par l'ordonnance du 8 janvier 1817.

énormes salaires, les émoluments ruineux de vos grands emplois, qui sont au fond la cause de vos factions violentes, ce gouvernement pourrait marcher plus tranquillement et plus heureusement; mais je doute qu'aucun de vos partis , quel que soit celui qui triomphe , ait jamais assez de vertu pour réduire ces salaires et ces émoluments; il préférera en jouir. Je suis, mon cher ami, votre tout dévoué. B. F.

Grande-Bretagne a montré le même esprit de justice et d'humanité ; ses journaux ont été remplis de pétitions aussi énergiques que touchantes, qui demandaient au Parlement l'abolition de ce commerce infâme; mais l'influence des préjugés locaux, celle des jalousies nationales ne nous donnent que trop lieu de craindre que tous nos efforts demeurent infructueux, jusqu'à ce que la France concoure à l'accomplissement d'une tâche aussi belle. Nous aimons à nous flatter que ce même Roi, qui tout récemment encore proscrivit si généreusement de ses États la persécution religieuse* opposera une digue à la plus cruelle des oppressions civiles; nous ne pouvons pas croire que la grande nation, sur laquelle il règne, veuille continuer de faire un commerce si honteux pour l'espèce humaine. Nous vous prions d'accepter quelques exemplaires des règlements de notre société, et des lois actuellement en vigueur en Pensylvanie pour empêcher le commerce des esclaves, et parvenir à l'entière abolition de l'esclavage. Signé, par ordre de la Société, B. Franklin, président. » (J'emprunte cette note intéressante à la traduction française de la Correspondance inédite et secrète de Benjamin Franklin, publiée à Paris en 1817. 2 vol. in-8°.)

* Édit du Roi en faveur de l'État civil des Protestants, enregistré non sans peine, au parlement en 1788. Cet édit avait été sollicité l'année précédente, sur la motion du général Lafayette, par un arrêté du second bureau des notables, présidé par le comte d'Artois.

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