‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 17 sur 136 · DAVID HARTLEY A FRANKLIN · texte numérisé non relu

DAVID HARTLEY A FRANKLIN

Londres, 3 mai 1782.

Mon cher ami,

Je vous écris deux mots, uniquement pour vous informer que notre gouvernement vient d'ordonner partout la mise en liberté de tous les prisonniers américains. Je tiens cette nouvelle de lord Shelbune, qui m'a de plus appris que l'ordre n'était ni partiel ni conditionnel, mais général et absolu. Je vous félicite de tout mon cœur de ce premier pas vers une réconciliation amicale. J'espère qu'on n'en restera pas là. J'ai eu avec lord Shelburne un long entretien au sujet de l'Amérique; il s'est exprimé dans les termes les plus favorables. J'aurai l'honneur de le voir encore. Quant à présent, vous savez que certaines choses dépendent de votre côté de l'eau.

M. Laurens est en complète liberté ; je le vois très-fréquemment. Quand vous le verrez, il vous parlera d'une foule de choses qui me sont arrivées au milieu de mes minces efforts pour pousser à la paix : Da pacem. Domine, in diebus nostris. Votre affectionné. D. Hartley.

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A D. HARTLEY

Passy, 13 mai 1782.

Mon cher ami,

Je reçois votre lettre du trois courant. Je vous remercie beaucoup de la bonne nouvelle que vous me donnez. En vertu d'un ordre de votre Gouvernement, les prisonniers américains doivent être partout délivrés; et cet ordre n'est point partiel ou conditionnel , mais général et absolu! Je me réjouis comme vous de cette mesure, non-seulement à cause de ces malheureux captifs qui vont être mis en liberté et rendus à leurs amis et à leurs familles, mais encore, parce qu'elle doit amener une réconciliation qui seule peut nous donner l'espérance d'une paix durable. Votre frère m'a écrit une bonne et aimable lettre. J'aurais dû y répondre plus tôt; mais je l'ai égarée. Je vous prie de lui faire agréer mes remerciments et mon sincère respect. Je me joins à vous cordialement dans la prière qui termine votre lettre : Da pacem, Domine, in diebus nostris. Je suis toujours, mon ami, votre bien affectionné. B. F.

Nos affaires étant interrompues jusqu'au retour de M. Oswald, cela laisse dans mon journal un blanc que je remplis par le récit de deux ou trois circonstances qui, sans avoir une liaison directe avec le traité qui est sur le tapis, serviront à montrer quelle est la disposition des cours qui ont ou qui pourraient avoir un intérêt à ce traité.

M. Jay m'avait écrit de temps à autre pour me faire part des inconcevables retards qu'il éprouvait àlacour d'Espagne; il n'était pas plus avancé dans la négociation dont il était chargé que le jour même de son arrivée. Au premier voyage de M. Oswald, à la première espérance d'un traité, j'écrivis à M. Jay pour le presser de venir à Paris; et comme j'étais d'assez mauvaise humeur à l'égard de la

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cour d'Espagne, je lui dis : « La Cour de Madrid a pris quatre ans pour examiner si elle devait traiter avec nous, donnez-lui en quarante et faisons nos affaires. » J'envoyai cette lettre à Madrid sous le couvert d'une personne qui, j'en avais l'espoir, ouvrirait la dépêche et la lirait.

Je suis d'avis que nous avons plus d'une fois nui à nôtre crédit et à notre importance, en envoyant des commissaires par toute l'Europe pour mendier des alliances, et pour supplier qu'on daignât reconnaître notre indépendance. Peut-être avons-nous ainsi donné lieu de penser aux nations que notre indépendance était quelque chose qu'elles avaient à vendre, et que nous n'offrions pas assez pour l'obtenir.

M. Adams a réussi auprès des Hollandais, à cause de leur guerre avec l'Angleterre et surtout parce qu'ils ont vu que la Chambre des communes penchait vers une réconciliation ; mais on m'a assuré que les ministres des autres puissances avaient refusé de lui rendre ses visites, parce que leurs Cours n'avaient pas encore reconnu rîOtre indépendance. Par une heureuse chance, j'avais appris à Paris que plusieurs des ministres étrangers avaient résolu de ne point me rendre les visites qu'ils s'imaginaient que je leur ferais, lorsque je fus reçu ici en qualité de plénipotentiaire. Je déjouai leur projet en n'allant pas en voir un seul. Suivant moi, c'est l'ancien résident qui doit les premières civilités à l'étranger et au nouveau venu. Mon opinion ne vaut rien, puisqu'elle est contraire à l'usage, et j'y aurais obéi, si les circonstances ne m'eussent fait croire qu'il valait mieux éviter des disputes et des affronts, au risque de passer pour bizarre ou impoli.

Au moment même où j'écris ces lignes, une aventure assez ridicule vient de m'arriver à ce sujet. Le comte du Nord !, fils de l'Impératrice de Russie, ordonna, en arri-

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