‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 18 sur 136 · Plus tard l'empereur Paul Ier · texte numérisé non relu

Plus tard l'empereur Paul Ier

vant à Paris, qu'on portât des cartes de visite chez tous les ministres étrangers. On me remit une de ces cartes, sur laquelle était écrit : le Comte du Nord et le Prince Bariatinski, C'était lundi dernier. Le lendemain, me trouvant à la cour, je demandai à un vieux ministre de mes amis quelle était l'étiquette, et si M. le comte recevait des visites? Il me répondit : « Non : on se fait écrire; voilà tout. » Je passai donc le mercredi suivant à l'hôtel du prince Bariatinski, ambassadeur de Russie, où le comte logeait, et j'écrivis mon nom sur les deux listes. Je ne pensais plus à cette affaire, lorsqu'au] ourd'hui 2(t mai, le domestique qui m'avait apporté la carte est venu dans un grand désespoir, disant qu'il était perdu pour avoir remis chez moi cette carte par erreur, et me demandant un certain certificat de je ne sais quelle teneur; car je ne lui ai pas parlé moi-même.

Le soir, mon ami M. Le Roy, qui est aussi l'ami du prince, vint me dire combien le prince était fâché de cet accident : « II avait, disait-il, ainsi que M. le comte, la plus haute estime pour moi et pour mon caractère ; mais notre indépendance n'étant pas encore reconnue par la cour de Russie, il ne pouvait pas se permettre de me faire une visite comme ministre. » Je dis à M. Le Roy que je n'avais pas coutume de courir après de tels honneurs, quoique j'y fusse fort sensible quand on me les rendait; que je n'aurais pas osé faire cette visite de mon chef, et que, dans ce cas , je n'avais fait que ce que l'étiquette m'imposait. Mais que si cette démarche pouvait causer quelque désagrément au prince Bariatinski , pour qui j'avais autant d'estime que de respect, je croyais que le remède était facile ; le prince n'avait qu'à effacer mon nom de son livre de visites, et, de mon côté, je brûlerais leurs cartes.

Tous les princes du Nord ne rougissent pas de témoigner un peu de politesse à un Américain. Dans le temps

que le roi de Danemark voyageait en Angleterre sous un nom supposé, il m'envoya un billet par lequel, après m'avoir témoigné, dans les termes les plus forts, toute l'estime qu'il avait pour moi, il m'invitait à dîner avec lui à Saint-James. Et il y a quelque temps l'ambassadeur du roi de Suède m'a demandé si j'avais des pouvoirs pour signer un traité de commerce avec son maître, qui, disait-il, désirait se lier avec les États-Unis, et lui avait ordonné de me faire cette demande, et d'ajouter qu'il serait infiniment flatté de traiter avec une personne dont il estimait autant le caractère, etc. De semblables compliments pourraient me rendre un peu fier, si nous autres Américains nous ne l'étions déjà naturellement autant que ce portefaix de Londres à qui l'on dit qu'il venait de heurter avec son fardeau le grand Gzar Pierre qui se promenait dans la rue. « Bon! répondit notre homme, nous sommes tous des Czars ici. y>

Je n'ai pas donné à M. Oswald de lettres pour M. Laurens. D'après quelques mots de la dernière lettre que M. Laurens m'avait écrite, je m'attendais à le voir ici. J'ai prié M. Oswald, en cas qu'il le trouvât encore à Londres, ou qu'il le rencontrât sur la route, de lui dire la cause de mon silence. Je me suis trompé dans mon calcul; car aujourd'hui 25 mai, je reçois de lui la lettre suivante :

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