‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 20 sur 136 · À HENRY LAURENS · texte numérisé non relu

À HENRY LAURENS

Passy, 25 mai 1782.

Je reçois votre lettre du 17; j'avais reçu précédemment

celle du 7, à laquelle je n'ai pas répondu parce que la

phrase dont vous vous étiez servi : ce Sous peu de jours je

pense arriver sur le continent » m'avait flatté du plaisir

1. Comme prisonnier sur parole Lord Cornwallis ne pouvait ni siéger à la chambre des Lords ni commander des troupes anglaises.

de vous voir ici. Je renonce à cette espérance puisque votre dernière lettre m'apprend que vous êtes résolu à ne. point figurer dans la commission chargée de traiter de la paix avec la Grande-Bretagne. Je regrette cette résolution; je suis persuadé que votre présence aurait été fort utile à votre pays ; j'ai, en outre, quelques raisons personnelles.

Pour m'encourager dans une tâche pénible, vous me dites aimablement que je serai béni, etc. Je n'ai jamais vu conclure de paix qui n'ait excité, des deux côtés , des mécontentements, des clameurs et des censures. C'est peutêtre la faute des chefs et des ministres des puissances belligérantes, qui, pour soutenir le courage de leur peuple, lui représentent sa propre situation sous des couleurs plus favorables, et celle de l'ennemi sous de plus mauvaises que la vérité ne le comporte ; il résulte de là que des deux côtés la foule s'attend à de meilleures conditions qu'on n'en peut vraiment obtenir, et qu'elle attribue ce désappointement à la trahison. C'est ainsi que la paix d'Utrecht et celle d'Aix-la-Chapelle passèrent, en Angleterre, pour avoir été influencées par l'or français , et en France, par les guinées anglaises. La dernière paix ' la plus glorieuse et la plus avantageuse que jamais l'Angleterre ait faite, fut, vous vous le rappelez, attaquée avec violence , ceux qui l'avaient signée furent grossièrement insultés. Il me parait, d'après cela, que les bénédictions promises aux pacificateurs regardent l'autre monde, car, dans celui-ci, leur plus grande chance est d'être maudits ! Un autre texte nous dit que dans le grand nombre des conseillers est le salât» Ce que j'entends du salut des conseillers non moins que du salut de ceux qui reçoivent les conseils, puisque, si les conseillers commettent une faute , le reproche ne tombe pas sur un seul homme ou sur quelques-uns, mais

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