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Ottaviensrê
les dispositions de la nation anglaise , à notre égard, sont changées. Les nouveaux ministres ont envoyé ici deux personnes pour traiter de la paix. Je tiens un journal détaillé de tout ce qui se passe à ce sujet, je le fais transcrire pour vous l'expédier. Je ne vous dirai donc rien de plus à ce sujet, sinon que je crois bien qu'au début les Anglais désiraient sincèrement la paix, mais depuis leurs succès aux Antilles, il me semble voir chez eux un certain désir de traîner les négociations en longueur, pour profiter des chances que peut leur donner cette campagne; et comme il y a tant d'intérêts à ajuster, nous ferons bien de supposer qu'il peut se passer encore une autre campagne , avant que tout le monde soit d'accord. Quelque accident peut aussi rompre les négociations , et nous devons être préparés à tout.
Je comptais sur l'assistance de M. Adams et de M. Lau* rens. Le premier est trop engagé en Hollande pour venir ici; le second décline ce service, mais j'ai maintenant la satisfaction d'avoir avec moi M. Jay qui est heureusement arrivé d'Espagne , dimanche dernier. Le marquis de Lafayette nous est d'une grande utilité, et comme il est probable que la campagne ne sera pas très-active dans l'Amérique du Nord , je désire le retenir ici quelques semaines encore. C'est par lui que vous recevrez le journal en question, il est déjà assez volumineux, et cependant on ne peut pas dire que les négociations soient ouvertes.
Vous verrez que l'Irlande a obtenu toutes ses demandes triomphalement. Je ne vois pas un Irlandais qui ne se reconnaisse obligé de ce succès à l'Amérique.
Avant d'avoir reçu vos justes observations, j'avais déjà tiré des ministres anglais la promesse d'échanger tous nos prisonniers. Ils se sont crus obligés d'avoir un acte du parlement qui autorisât le roi à faire cet échange , parce que cette guerre ne ressemble pas aux autres , ayant été faite par un acte de parlement qui nous déclare rebelles,
et nos prisonniers étant chargés du crime de haute trahison. J'ai donné pouvoir à M. Hodgson de traiter et de conclure pour la délivrance de nos hommes. M. Hodgson était le président du comité qui a recueilli en Angleterre et distribué les souscriptions charitables pour les prisonniers américains. J'ai approuvé le projet de convention que M. Hodgson m'a adressé , j'espère que le Congrès voudra bien en ordonner l'exécution ponctuelle. J'ai longtemps souffert pour ces pauvres et braves gens qui pendant quatre ou cinq ans ont souffert avec tant de patriotisme un dur emprisonnement, plutôt que de servir contre leur pays. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour adoucir leur situation, mais le nombre de ces malheureux était si grand que je n'ai pu faire que peu de chose pour chacun d'eux , et ce grand coquin de Digges les a volés de trois à quatre cents livres sterling qu'il a tirées sur moi pour leur compte l. Il m'a dernièrement écrit pour me dire qu'il venait régler avec moi, afin de me prouver que je me trompais fort à son égard, mais il n'a jamais paru, et il est parti pour l'Amérique. Prenez garde à lui, il est fort habile, et il en est plus d'un qu'il a filouté. Chaque jour j'apprends de nouvelles coquineries commises par lui en Angleterre.
L'ambassadeur de Suède à la cour de France est venu me voir pour me demander si j'avais des pouvoirs qui m'autorisassent à faire un traité avec son maître au nom des États-Unis. J'ai répondu affirmativement. Il a eu l'air charmé et m'a dit que son roi lui avait ordonné de me faire cette question , et le chargeait de me dire qu'il avait une si grande estime pour moi que ce serait pour lui une satisfaction particulière de traiter avec moi. Il y a peut-être quelque vanité à répéter ceci; mais je pense qu'il est bon que le Congrès le sache, et juge si l'on peut se servir de la réputation d'un citoyen dans l'intérêt public. Si l'on