‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 30 sur 136 · LE MARQUIS DE LAFAYETTE A B. FRANKLIN · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LAFAYETTE A B. FRANKLIN

Versailles, jeudi matin, 20 juin 178:2.

Mon cher monsieur,

Suivant votre désir, je me suis présenté chez le comte de Vergennes ; je lui ai dit ce dont Votre Excellence m'avait chargé. Il compte prendre ce matin les ordres du roi, et croit qu'il pourra proposer à M. Grenville une entrevue pour demain, afin de s'expliquer à l'égard de la France et de ses alliés et de faire une communication officielle tant au roi qu'aux ministres alliés. Si Votre Excellence est en état de venir à Versailles, le comte de Vergennes lui fera part de ce qui se passera dans cette entrevue ; au cas contraire, j'aurai l'honneur de vous voir demain soir pour vous donner tous les renseignements que j'aurai obtenus. J'ai l'honneur, etc. Lafayette.

Dans la soirée, le marquis vint chez moi et m'apprit

que M. Grenville avait vu le comte de Vergennes, mais il ne put me dire ce qui s'était passé.

Samedi 22. MM. Oswald et Whitefoord sont venus déjeuner chez moi; M. Oswald n'avait reçu ni lettres ni instructions. Je lui dis que j'écrivais à lord Shelburne à son sujet, et que j'irais déjeuner avec lui lundi matin pour lui montrer le brouillon de ma lettre, afin qu'il pût y faire les changements qu'il jugerait convenables.

Dimanche 23. M. Jay est arrivé dans l'après-midi, à ma grande satisfaction. Je lui ai proposé de le mener le lendemain matin à Versailles, et de le présenter à M. de Vergennes. Il m'apprit que le ministère espagnol avait été extrêmement frappé des nouvelles d'Angleterre, et des résolutions que le parlement avait prises d'arrêter la guerre en Amérique , etc. ; que depuis lors on avait été fort poli avec lui, et qu'il était question d'envoyer des instructions à l'ambassadeur d'Espagne près de la cour de France, pour faire avec lui ce traité dont on parlait depuis si longtemps.

Lundi 24. J'écris une lettre d'excuse à M. Oswald. Je lui promets de le voir mercredi , et je pars avec M. Jay pour Versailles. Le comte de Vergennes nous dit qu'il avait remis à M. Grenville une réponse à ses propositions, et que ce dernier l'avait aussitôt envoyée à sa cour. Le ministre nous en fit lecture, je tâcherai d'en avoir copie. Le comte de Vergennes nous apprit qu'une frégate allait être expédiée pour l'Amérique , et que , si nous voulions écrire, le courrier qui devait porter les dépêches partirait mercredi matin. Nous résolûmes donc de ne pas aller à la cour, mardi, pour avoir le temps de préparer nos lettres. Le comte de Vergennes paraît avoir quelques doutes sur la sincérité de la cour d'Angleterre et sur la bonne foi de M. Grenville ; mais il dit que le retour du courrier lui donnera quelques lumières.

J'écrivis les lettres suivantes à M. le secrétaire Livingston et à M. Morris:

A ROBERT R. LIVINGSTON

Passy, 25 juin 1782.

Monsieur,

J'ai reçu vos lettres des 26 janvier et 13 février. La première était accompagnée d'un modèle de convention pour l'établissement de consuls. M. Barclay est retenu en Hollande depuis six mois, comptant toujours revenir; je n'ai donc rien fait, car je pense que la présence de M. Barclay serait utile pour régler cette affaire. Dès qu'il sera venu je m'occuperai de la terminer.

La seconde lettre appuie sur certaines résolutions du Congrès que vous m'adressez, et qui me chargent de demander à la France un emprunt de douze millions de livres pour l'année courante. J'ai déjà reçu une promesse de six millions, avec la déclaration la plus claire et la plus positive que c'était tout que le roi pouvait faire pour nous, que nous ne pouvions compter sur rien de plus, que s'il m'arrivait des traites et des demandes par delà cette somme, c'était à moi de voir si je les accepterais , ou comment j'y ferais face, car certainement je n'aurais pas un sou de plus du trésor royal. Après cette déclaration, de quel front pourrais-je demander six autres millions? Ne serait-ce pas dire au roi : « On ne vous croit pas ; vous pouvez faire davantage; vous pouvez me prêter le double de cette somme, si vous voulez. » Lisez ma lettre d'aujourd'hui à M. Morris, vous serez convaincu de l'inconvenance qu'il y aurait à tenir à un pareil ami un langage qu'on peut interpréter de cette façon. J'espère, toutefois, que l'emprunt de trois millions de florins que M. Adam a ouvert en Hollande, et qui, dit-on, réussit, pourra combler ce déficit.

Par les journaux que jevous adresse , vous verrez que "Univers ita?"

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