‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 36 sur 136 · AU COMTE DE SHELBURNE · texte numérisé non relu

AU COMTE DE SHELBURNE

Passy, 12 juillet 1782.

Mylord,

M. Oswald m'ayant appris qu'il allait dépêcher un courrier, je saisis cette occasion de féliciter Votre Seigneurie sur sa nomination à la trésorerie. Elle augmente pour vous le pouvoir de faire le bien ; et, à ce seul point de vue, sans parler des autres, elle doit accroître votre bonheur, que je souhaite sincèrement. J'ai l'honneur, etc. B. F.

1. Lord Shelburne venait d'être nommé premier lord de la trésorerie, c'est-à-dire chef du ministère, api es la mort de lord Rockingham.

A ROBERT R. LIVINGSTON

La France et les États-Unis. — Changement du plénipotentiaire anglais. — M. Laurens.

Passy, 12 août 1782.

Monsieur,

L'ordre du Congrès de liquider nos comptes avec la cour de France a été exécuté avant d'être reçu. Tous les comptes du gouvernement français pour argent prêté, magasins, armes, munitions, draps, etc., ont été fournis et examinés, et un solde a été encaissé ; la dette monte au chiffre exact de dix-huit millions, sans parler de l'emprunt hollandais que le roi a garanti. J'envoie à M. Morris une copie de cet acte. En la lisant, vous y verrez de nouvelles marques de la bonté du roi à notre endroit; cela monte à près de deux millions. Si vous ajoutez cette somme aux dons que le roi nous a faits en différentes fois, cela fait un objet de douze millions au moins, en retour duquel on n'attend de nous que de la reconnaissance et de l'amitié. J'espère que toutes deux seront éternelles. La bonne intelligence qui a constamment duré entre la France et les cantons suisses, la solide bienveillance de la couronne envers eux, nous donne le ferme espoir que notre alliance sera aussi heureuse et aussi durable pour nos deux nations; il y a de fortes raisons pour notre union ; il n'y a pas d'intérêts qui nous divisent. J'écris fort au long à M. Morris sur nos affaires d'argent; il vous communiquera sans doute ma lettre, je n'ai donc pas besoin de vous en dire davantage à ce sujet.

La lettre au roi a été bien reçue ; le récit de vos fêtes h la nouvelle de la naissance du Dauphin a fait plaisir; j'en dirai autant de la conduite du Congrès refusant de traiter avec le général Carleton, et des résolutions unanimes prises à cette occasion par les assemblées des États

particuliers. En France tout le monde nous aime, notre réputation grandit dans toute l'Europe. J'apprends de l'ambassadeur suédois qu'il traitera avec nous aussitôt que nous aurons fini avec la Hollande ; on prendra pour base notre traité avec la France, en y joignant les améliorations que suggérera le traité avec la Hollande.

Le nouveau changement du ministère en Angleterre a donné lieu, ou du moins a fourni un prétexte, à des retards dans les négociations. M. Grenville a reçu par deux fois des pouvoirs imparfaits. Il a été enfin rappelé, et M. Fitzherbert1 est arrivé pour le remplacer, muni de pleins pouvoirs en règle, à l'effet de traiter avec la France, l'Espagne et la Hollande. M. Oswald, qui est ici, a reçu du nouveau secrétaire d'État l'avis qu'un pouvoir l'autorisant à négocier avec les commissaires du Congrès, doit passer au grand sceau, et lui parvenir sous peu de jours. La cour de France ne veut pas continuer les négociations , jusqu'à ce que ce pouvoir soit arrivé. Je vous envoie ce qu'on appelle Yacte d'autorisation. M. Jay vous dira ce qui se passe entre lui et l'ambassadeur d'Espagne, au sujet du traité avec la cour de Madrid. Je me bornerai à vous dire que rien ne paraît plus clair que le dessein de cette cour, de nous claquemurer entre les monts Allegbanies. J'espère que le Congrès insistera pour avoir le Mississipi comme frontière, et pour jouir en même temps de la libre navigation du fleuve, dont on voudrait nous exclure entièrement2,

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