Président de la Société royale de Londres
continuez votre grand ouvrage; j'admire le courage avec lequel vous Pavez entrepris et la persévérance avec laquelle vous le poursuivez.
Je partage de tout mon cœur le noble vœu que vous exprimez « de voir les deux parties adopter des mesures qui tendent plutôt à leur agrandissement mutuel qu'à la destruction de l'une ou de l'autre. » Si l'une d'elles s'est trouvée en danger, j'ai la consolation d'avoir cherché à prévenir ce péril ; j'ai donné des avis honnêtes et loyaux ; si on les avait suivis, ils auraient été efficaces. Même aujourd'hui, si l'on avisait aux véritables moyens de faire nonseulement la paix, mais ce qui est bien plus intéressant encore, d'opérer une parfaite réconciliation, peu d'années suffiraient pour cicatriser tant de blessures, et nous élever à un degré de prospérité, dont nous ne pouvons en ce moment nous former une idée.
Je suis, avec le plus profond respect, votre, etc.
A ROBERT R. LIVINGSTON
Progrès des négociations.
Paris, 14 octobre 1782.
Monsieur,
Je reçois à l'instant l'avis qu'il s'offre une occasion d'écrire; je n'ai que le temps de vous adresser quelques lignes.
Dans ma dernière lettre du 26 septembre je vous mandais que les négociations avaient été arrêtées par un défaut de formes dans les pouvoirs des Plénipotentiaires anglais. Dans ceux qu'on leur avait délivrés pour traiter avec nous, on avait évité de désigner nos États par leur titre public; sur notre réclamation on remplaça ces pouvoirs par d'autres, dont j'envoie une copie ci-jointe. Nous ve-
nons maintenant de faire plusieurs propositions préliminaires, qui ont été approuvées par le ministre anglais, M. Oswald, et qu'il a expédiées à sa Cour. Il pense qu'elles seront approuvées, mais je n'en suis pas sûr. Dans quelques jours, du reste, nous aurons la réponse décisive. Par le premier de ces articles, le roi de la Grande-Bretagne renonce pour lui et ses successeurs, à tous droits et prétentions au domaine ou territoire des treize États-Unis; les limites seront fixées conformément à nos instructions, sauf la ligne entre la Nouvelle-Ecosse et la Nouvelle-Angleterre qui sera déterminée par des Commissaires après la paix. Par un autre article, la pêche, dans les mers de l'Amérique, sera libre, pour les Américains, sur tous les points où ils avaient le droit de l'exercer, pendant qu'ils étaient réunis à la Grande Bretagne. Par un autre, les citoyens et sujets de chaque nation, jouiront, dans les ports et contrées de l'autre nation, de la même protection et des mêmes privilèges que les sujets natifs. Ces articles ont été rédigés en détail par M. Jay. Je pense qu'il vous en envoie une copie, sinon vous la recevrez par la prochaine occasion. Si l'on consent à ces articles, je ne crois pas que le reste éprouve de grandes difficultés. On a dit un mot des réfugiés et des dettes anglaises, mais on n'a pas insisté sur ce point, parce que nous avons déclaré du premier coup que toutes les confiscations faites en Amérique, avaient eu lieu en vertu des lois particulières des États; que le Congrès n'avait aucun pouvoir pour les abroger, et ne pouvait, par conséquent, nous en donner aucun pour stipuler cette abrogation.
Les différents récits qu'on fait du caractère et de la sincérité de lord Shelburne, ont décidé les ministres français à envoyer à Londres M. de Rayneval, secrétaire du conseil, pour voir lord Shelburne, et pour tâcher, par ce moyen, de se faire une plus juste idée de ce que Ton peut espérer des négociations. M. de Rayneval est resté cinq
ou six jours en Angleterre où il a vu tous les ministres; il en est revenu, bien convaincu qu'ils ont le désir sincère de faire la paix ; de sorte que maintenant, les négociations marchent avec quelque apparence de succès. Mais la cour et le peuple d'Angleterre sont très-inconstants ; un retour de fortune leur tourne souvent la tête ; aussi ne compte rai-je sur une prompte paix que quand je verrai les traités signés Je suis obligé de finir. J'ai l'honneur d'être, etc.
A RICHARD OSWALD
Refus d'une indemnité aux loyalistes américains,
Passy, 26 novembre 1782.
Monsieur,
Vous n'avez pas oublié qu'au commencement de nos conférences, avant l'arrivée des autres Commissaires, vous m'avez parlé d'une indemnité pour les royalistes, dont les biens ont été confisqués. Je vous ai répondu qu'il nous était impossible de rien stipuler sur ce point, les confiscations ayant été faites en vertu des lois particulières des divers États, lois que le Congrès ne peut ni abroger ni suspendre. Le Congrès ne peut donc nous donner aucune autorité à cet égard. Je vous ai donné en même temps mon opinion personnelle; je vous ai dit honnêtement et cordialement que si l'on désirait une réconciliation, il ne fallait pas qu'il fût question de ces gens-là dans nos négociations. Ils ont fait un mal infini à nos propriétés, en brûlant et détruisant, pour le seul plaisir de nuire, fermes, villages et villes; et, si l'on exige une indemnité pour les pertes qu'ils ont souffertes, nous présenterons à notre tour un compte des ravages qu'ils ont commis, et ce compte, qui rappellera nécessairement des scènes de barbarie, ne ser-
vira qu'à enflammer les esprits au lieu de les réconcilier, et perpétuera des haines que nous cherchons tous à éteindre. Néanmoins, sachant de vous que vos ministres avaient à cœur d'obtenir cette indemnité, j'ai écrit à ce sujet au Congrès, voici la réponse que j'en ai reçue depuis peu.