‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 45 sur 136 · L'Ecosse · texte numérisé non relu

L'Ecosse

2. Il est ici question d'une fièvre dont le marquis de Buchan, lord Cadross alors, fut attaqué à Saint-André. L'avis donné fut de ne pas lui poser de vésicatoires, suivant l'ancienne méthode et l'opinion du savant docteur Simson.

A JONATHAN SHIPLEY.

La paix avec PÀmérique,

Passy, 17 mars 1783»

Les clameurs de votre Parlement me donneraient des alarmes sur la durée de la paix, si je ne pensais comme vous que l'attaque est plutôt dirigée contre le ministère. Je crois qu'à sa place aucun membre de l'opposition n'eût obtenu des conditions meilleures; du moins je suis sûr que lord Stormont, qui crie le plus fort n'est pas celui qui aurait réussi; je vous donnerai mes raisons lorsque j'aurai, comme je l'espère, le grand bonheur de vous revoir et de converser avec vous.

On ne cesse de dire qu'il n'y a point de réciprocité dans notre traité. On compte donc pour rien notre silence sur les atrocités commises par les troupes anglaises, et notre renonciation à toute indemnité pour l'incendie et la dévastation de nos villes et de nos campagnes. On avoue que la guerre a été injuste; n'est-il pas évident que les maux causés par une guerre injuste doivent être réparés. Les Anglais peuvent-ils être assez égoïstes pour s'imaginer qu'ils ont droit de piller et de tuer à leur gré, et de faire ensuite la paix à des conditions égales, sans réparer le mal qu'ils ont fait ? Nous avons été très-coulants , nous n'avons pas demandé une entière justice. Nos commettants nous en feront le reproche , et je persiste à penser qu'il serait de l'intérêt de l'Angleterre de réparer volontairement ces dommages autant qu'il est en son pouvoir. Mais c'est un intérêt qu'elle ne verra jamais.

Maintenant pardonnons et oublions. Que chaque pays cherche son avantage dans le progrès des arts et de l'agriculture et non en retardant ou en empêchant la prospérité de l'autre. Avec la bénédiction de Dieu, l'Amérique

IZlO CORRESPONDANCE

deviendra un grand et heureux pays, et l'Angleterre, si elle a enfin trouvé la sagesse, aura gagné quelque chose de plus précieux, de plus essentiel à sa prospérité que tout ce qu'elle a perdu ; elle continuera d'être une grande et respectable nation. Sa maladie actuelle c'est le nombre des emplois, l'énormité des traitements et des bénéfices. La cupidité et l'ambition sont de fortes passions ; isolées, elles agissent avec énergie sur le cœur humain; mais sont- elles réunies , peuvent -elles être satisfaites par le même objet, leur violence est irrésistible; elles jettent les hommes, tête baissée, au milieu de factions et de querelles subversives de tout bon gouvernement. Aussi longtemps que ces gros traitements subsisteront, votre Parlement sera une mer orageuse, l'intérêt particulier troublera vos conseils publics. Mais il faut beaucoup d'esprit public et beaucoup de vertu pour abolir ces abus, peutêtre en faut-il plus qu'on n'en peut trouver chez une nation depuis si longtemps corrompue. Je suis, etc.

AU COMTE DE VERGENNES

Traduction française des Constitutions des États- Unis,

Passy, 24 mars 1783.

Monsieur,

Je désire imprimer une traduction des Constitutions des États-Unis d'Amérique, publiées à Philadelphie en 1781, par ordre du Congrès. Plusieurs de ces Constitutions ont déjà paru dans les journaux anglais et américains; d'autres ont paru autre part ; mais il n'y en a jamais eu de traduction complète. Celle dont j'ai l'honneur de parler à Votre Excellence forme un volume in-octavo, qui contient les différentes Constitutions des États-Unis et le traité avec la France, rien de plus. J'ai fait un arrangement

DE BENJAMIN FRANKLIN. lftl

avec M. Pierres, qui est prêt à commencer l'impression, j'espère que votre Excellence voudra bien nous donner son approbation.

M. Pierres aura besoin d'une permission du Garde des Sceaux pour imprimer et vendre ce livre, après qu'il m'aura fourni le nombre d'exemplaires convenu entre nous. Gomme je désire vivement que cette traduction paraisse bientôt, je serais fort obligé à Votre Excellence si elle veut avoir la bonté de prier le Garde des Sceaux d'envoyer cet ordre sans délai. Si les formalités requises demandaient un temps considérable, priez-le d'autoriser par écrit M. Pierres à commencer l'impression. J'ai l'honneur, etc. B. F.

LE COMTE DE VERGENNES A B. FRANKLIN

La Presse en France.

Versailles, 5 avril 1783.

Monsieur, J'ai communiqué au Garde des Sceaux la demande que vous faites de publier une traduction du livre des Constitutions des États-Unis. Le Garde des Sceaux m'a répondu qu'il autorisait l'imprimeur, M. Pierres, à commencer l'impression de cet ouvrage, à la condition d'en envoyer les feuilles, au fur et mesure de l'impression, à M. de Néville, directeur général de la Presse, afin qu'il puisse les confier à l'examen d'un censeur. Les règlements de la Presse rendent cette dernière formalité indispensable. J'ai l'honneur, etc. De Vergennes.

A DAVID HARTLEY

Abolition de la Course.

Passy, $ mai 1783.

Cher ami,

Suivant votre désir, je vous envoie sous ce pli les morceaux que je vous ai lus hier*. Je serais heureux si, avant que de mourir, je voyais établir l'amélioration qu'on propose de faire au droit des gens. Les misères du genre humain en seraient diminuées, le bonheur de millions d'hommes assuré et augmenté. Si la course peut être profitable à une nation civilisée, assurément ce sera nous Américains qui en aurons l'avantage. Nous sommes situés sur le globe de manière que le riche commerce de l'Europe avec les Antilles, objets manufacturés, sucre, etc., passe forcément devant nos portes ; nos croisières seraient faciles et courtes, tandis que notre propre commerce consiste en articles si volumineux et de si peu de valeur, que dix de nos vaisseaux pris par vous ne vaudraient pas un des vôtres; et il faudrait que vous fissiez de longs trajets et de grandes dépenses pour courir après eux. J'espère donc que cette proposition, si nous la faisons, sera vue sous son vrai jour; elle n'a d'autre motif qu'un sentiment d'humanité.

Je ne désire pas voir une seconde Barbarie s'élever en Amérique, et la longue étendue de nos côtes occupée par un peuple de pirates. Je crains que le succès de nos corsaires, pendant les deux dernières guerres, n'ait déjà inspiré à notre peuple un goût trop vif pour cette loterie mêlée de sang. Si Ton n'arrête pas aujourd'hui cette pratique, le monde sera à l'avenir plus tourmenté par les cor-

1. Voyez les Observations sur la guerre dans les Essais de morale et d'économie politique.

DE BENJAMIN FRANKLIN. Wô

saires américains qu'il ne Fa été ou ne l'est aujourd'hui par les corsaires turcs. Faites, mon ami, tout ce qui dépendra de vous pour procurer à votre nation cette gloire que la première des puissances navales soit aussi la première à abdiquer volontairement l'avantage que cette puissance semble lui donner de piller autrui, d'arrêter la communication mutuelle des dons de la Providence , de réduire à la misère , avec toute leur famille, des milliers de marchands, d'artisans, et de cultivateurs, qui sont la partie la plus paisible et la plus innocente du genre humain. Je suis, avec estime et affection, etc. B. F.

Page 1