‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 50 sur 136 · A JOSIAH QUINCY · texte numérisé non relu

A JOSIAH QUINCY

Papier- Monnaie. — Calomnies contre Franklin.

Passy, 11 septembre 1783.

Mon cher ami,

M. Storer m'a dit, il n'y a pas longtemps, que vous vous plaigniez que je ne vous écrivisse pas. Vous avez raison; je trouve deux de vos lettres auxquelles je n'ai pas répondu, La vérité est que j'ai trop d'affaires pour le compte du public, et qu'on m'accorde trop peu d'assistance, si bien qu'il m'est impossible de tenir au courant ma correspondance particulière. Je me promettais un peu plus de loisir quand le traité de paix serait conclu. Mais il paraît qu'il va être suivi d'un traité de commerce, ce qui prendra beaucoup de temps, et demandera beaucoup d'attention. Je saisis ce petit intérim pour me mettre à mon bureau et bavarder un peu avec mes amis d'Amérique.

Comme vous, je déplore les malheurs, les injustices, la corruption des mœurs, etc., qui ont suivi la dépréciation du papier-monnaie. Ce qui me console un peu, c'est que je me suis lavé les mains de ce mal en le prédisant au Congrès, et en proposant des moyens qui, si on les avait adoptés,

l'auraient prévenu. Des opérations subséquentes que j'ai faites, démontrent que mon plan était praticable, mais malheureusement on l'a rejeté. En considérant toutes nos méprises et toutes nos maladresses, il est prodigieux que nous ay ions fini nos affaires sitôt et si bien. J'ai tort de dire ces mots « Nous avons bien fini nos affaires. » Nos fautes ont été nombreuses ; elles ont servi à rendre plus visible la main de la Providence qui nous a protégés ; nous pouvons dire : « Ce sonUes actes, ô Seigneur; ils sont merveilleux à nos yeux. »

L'épitaphe de mon jeune et cher ami * est trop bien écrite pour que j'aie rien à y corriger. On y voit votre modération; l'affection paternelle elle-même ne vous fait pas exagérer les vertus d'un fils. Je pleurerai toujours avec vous cette perte; elle est grande pour le pays.

Combien cette âme noble et généreuse était-elle autre < ment forte que celle des misérables calomniateurs dont vous me parlez. Rempli de mérite, Josiah n'était point jaloux de l'apparence du mérite chez les autres; il aimait à rendre justice autant que certaines gens aiment à injurier. Voici près de deux ans que votre amitié vous a engagé à me faire connaître les imputations de ces gens. J'ai bientôt deviné d'où elles partaient 2. Mais fort de mon innocence, et ne voulant pas troubler des intérêts publics pur des ressentiments ou des différends particuliers, j'ai passé ces accusations sous silence; et jusqu'à ces jours derniers, je n'ai point fait un pas pour me justifier. Informé que ces outrages continuent, qu'on accuse ma conduite à propos du traité, et que ces accusations, écrites de Paris, ont été répandues parmi vous, j'ai demandé à mes collègues 3 de me rendre justice , je ne doute pas de leur

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