‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 78 sur 136 · A GRANVILLE SHARP · texte numérisé non relu

A GRANVILLE SHARP

Droit de Gavelkind. — Élection des évêques* — Abrégé de la Liturgie.

Passy, 5 juillet 1785.

Cher monsieur,

J'ai reçu les livres que vous avez eu la bonté de m'envoyer par M. Drown. Veuillez recevoir tous mes remerciments. Je lis toujours avec plaisir vos écrits qui ont toujours pour objet le bien public. Je suis tout à fait de

votre opinion sur le droit salutaire de Gavelkind1 et j'espère qu'avec le temps il sera établi dans toute l'Amérique. Déjà dans six États les biens des intestats sont partagés également entre tous les enfants, si ce sont des filles; mais l'on accorde double part au fils aîné: pourquoi? Je n'en vois pas la raison; on pourrait la donner aussi bien à la fille aînée: quant à moi, je n'approuve aucune de ces distinctions. Pendant mon séjour en France, j'ai vu plusieurs de nos aînés dissiper follement leur fortune en Europe, et négliger leur propre pays. Ces jeunes gens sortent du sud. Ceux du nord restent chez eux, et sont des citoyens aussi industrieux qu'utiles ; un partage plus égal de la fortune paternelle ne leur permet pas de courir les pays étrangers et d'y dépenser leurs biens : ce qui vaut beaucoup mieux pour leur patrie.

J'aime votre morceau sur l'élection des évoques. On trouve dans les Chroniques d'Holinshed, dont la dernière partie regarde l'Ecosse, un fait qui prouve (si ma mémoire ne me trompe) que le premier évêque de ce pays fut nommé par le clergé. J'ai cité ce fait, il y a quelque temps, en écrivant à deux jeunes gens2 qui me demandaient conseil à propos de l'ordination que les évêques d'Angleterre leur refusaient, à moins qu'ils ne prêtassent serment d'allégeance au roi. Je leur ai dit, je crois, que que si on ne nous envoyait un évêque avec pouvoir d'en consacrer d'autres, de- façon à ce que nous n'ayions plus besoin de nous adresser à l'Angleterre pour l'ordination, nous pourrions bien, après la lecture de votre écrit, nous décider à faire nous-même l'élection.

La liturgie, dont vous me parlez, était un abrégé fait

1. Le Gavelkind qui existe dans le pays de Galles et quelques comtés d'Angleterre établit le partage égal des biens entre les enfants.

2. Voyez la lettre à MM. Weems et Gant, en date du 18 juillet 1784.

par un noble lord de ma connaissance, qui me pria de l'aider, en me chargeant du reste de l'ouvrage, c'est-àdire du Catéchisme et des Psaumes1. J'abrégeai le -premier que je réduisis aux deux seules questions : Quels sont vos devoirs envers Dieu ? Quels sont vos devoirs envers voire prochain? avec les réponses. J'abrégeai aussi beaucoup les Psaumes par la suppression des répétitions (j'en trouvai beaucoup plus que je n'aurais pu l'imaginer), et aussi par le retranchement des imprécations qui me parurent peu conformes à la doctrine chrétienne, qui ordonne de pardonner les injures et de faire du bien à ses ennemis. Le livre fut imprimé par Wilkie , Saint-Paul's Ghurch- Yard, mais on y fit peu d'attention. On en donna quelques exemplaires, on en vendit un très-petit nombre, et je suppose que la masse de l'édition a été mise au vieux papier. On avait tellement réduit les prières qu'il était difficile d'espérer une approbation; mais je pense avec vous qu'un abrégé modéré serait non-seulement utile, mais généralement agréable.

Je suis sur le point de partir pour l'Amérique, où je serai charmé de recevoir quelquefois de vos nouvelles. Croyez, cher monsieur, à la sincère estime de votre, etc.

A DAVID HARTLEY

Passy, 5 juillet 1785.

Je ne puis quitter les côtes d'Europe sans prendre congé de mon ami toujours cher, M. Hartley. Nous avons longtemps travaillé ensemble à la meilleure de toutes les œuvres, l'œuvre de la paix. Je vous laisse encore à la beso-

1. Le livre parut en 1773 sous le titre de Abridgement of the Book of Common prayer, etc. Le noble lord auquel il est fait allusion est Lord le Despencer.

gne, mais, pour moi, j'ai fini ma journée, et je m'en retourne au logis pour me coucher. Souhaitez -moi une bonne nuit comme je vous souhaite un bon soir. Adieu, et croyez-moi toujours votre bien dévoué,

B. Franklin, Dans sa quatre-vingtième année.

Page 1