A MATHON DE LA COUR
Passy, 9 juillet 1785.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au nom de l'Académie de Lyon. J'accepte avec reconnaissance le titre * dont cette savante société a la bonté de m'honorer. Il y longtemps que je connais ses utiles travaux; j'aurais été heureux de vivre et de m'instruire auprès d'elle. Mais, à la veille de mon départ pour l'Amérique, il me faut ajouter ce nouveau regret à tous ceux que la bonté des Français éveille dans mon cœur. Je n'oublierai jamais ce que je leur dois, et encore moins ce que je dois à votre Académie, aux membres de laquelle je vous prie de faire agréer l'hommage de ma reconnaissance.
Je vous remercie de votre Dissertation sur les lois de Lycurgue et de votre Testament de Fortuné Ricard. Je connaissais déjà ce dernier ouvrage. Je l'ai lu avec plaisir ; il m'a donné une haute idée de son auteur. Je viens de lire votre Dissertation. Si mon approbation pouvait ajouter quelque chose à celle de la célèbre Académie qui vous a décerné le prix, je vous dirais que cette lecture m'a fort intéressé, et que je regrette de n'avoir d'autre prix à
1. Franklin avait été nommé à l'unanimité associé de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon.
vous offrir que les sentiments d'estime et de respect avec lesquels, monsieur, je suis, etc., B. F.
LE COMTE DE CASTRIES A B. FRANKLIN
Versailles, 10 juillet 1785.
Monsieur, t Je ne sais que depuis quelques heures les arrangements
que vous avez faits pour votre départ. Si j'en avais été informé plus tôt, j'aurais proposé au roi d'ordonner à une frégate de vous reconduire dans votre patrie, d'une façon qui eût répondu à l'importance de vos services, à l'estime que vous avez acquise en France, et à l'estime particulière que Sa Majesté a pour vous.
Je vous prie, monsieur, d'accepter mes regrets, et la nouvelle assurance de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, . De Gastries.
Cette lettre était accompagnée du portrait du roi encadré dans un double cercle de diamants. Il n'y en avait pas moins de quatre cent huit, d'une valeur de cinquante mille francs1.
JOURNAL de voyage.
Après avoir passé en France près de huit ans et demi, j'ai pris congé de la cour et de mes amis, et me suis mis en route pour retourner dans mon pays le 12 juillet 1785. J'ai quitté Passy avec mes deux petits-fils à quatre heures après midi. Nous sommes arrivés vers huit heures à Saint-