A HENRY LAURENS
Passy, 20 avril 1782.
« Monsieur,
<f J'ai reçu, par M. Oswald, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 7 du courant. 11 m'a également apporté une lettre de lord Shelburne, qui me Ta présenté avec les mêmes éloges que les vôtres en ajoutant : « M. Oswald connaît le fond de ma pensée, vous pouvez ce vous en rapporter à tout ce qu'il vous dira. » Toutefois M. Oswald ne m'a pas fait connaître autrement le fond de la pensée de Sa Seigneurie, qu'en réassurant que le ministre désirait sincèrement la paix . Son message paraît avoir plutôt pour objet d'amener ou de recevoir des propositions que d'en faire. J'ai répondu à M. Oswald, que je ne pouvais rien faire sans le concours de mes collègues, et qu'en nous supposant même tous réunis, nous ne traiterions que de concert avec la France. Je lui ai proposé de le présenter à M. de Vergennes; ce qu'il a accepté.
« Sur la déclaration toute semblable qu'il a faite des dispositions de l'Angleterre à traiter de la paix, le ministre a répliqué que la France n'était pas moins bien disposée, et qu'elle était prête à traiter d'une paix générale , mais non d'une paix séparée.Le ministre ajouta que Paris lui semblait le lieu le plus convenable pour négocier, puisque l'Espagne y avait déjà un ambassadeur, et qu'il était facile d'y réuuir les commissaires américains; cela, dans la supposition
où les parties traiteraient directement entre elles, sans l'intervention de médiateurs; mais que, si l'on voulait recourir à la médiation, on pouvait se réunir à Vienne. M. de Vergennes déclara que le roi, son maître, inclinait si franchement à la paix, qu'il en traiterait partout où le roi d'Angleterre le jugerait à propos; et que la meilleure preuve qu'il pouvait donner de sa fidélité à remplir les engagements à venir, c'était la loyauté et l'exactitude avec lesquelles il observerait les conventions qu'il avait faites avec ses alliés.
« M. Oswald est reparti, par la voie de Calais, avec ces réponses générales; il espère revenir sous peu de jours. Je désirerais qu'il fût possible à vous et à M. Adams de vous trouver à Paris à la même époque. Mais si la situation critique des affaires forçait M. Adams à rester en Hollande, je compte au moins sur vous, et je vous prie de m'apporter l'opinion et les conseils de M. Adams. J'ai proposé à lord Shelburne de vous dégager des obligations que vous avez prises au moment de votre élargissement, afin que vous ayez toute liberté pour faire le traité qu'il désire.
« J'avais eu l'honneur de vous écrire peu de temps avant l'arrivée de M. Oswald. Ma lettre a été remise à M. Young, votre secrétaire, elle contenait une copie de votre commission et des offres d'argent, si vous en aviez besoin. Espérant que vous ne retournerez pas en Angleterre avant de venir à Paris, je ne vous parlerai pas de nos affaires en France et en Espagne. M. de Vergennes m'a dit qu'il serait charmé de vous voir ici. M. Oswald a répondu parfaitement à l'idée que vous m'aviez donnée de son caractère ; il me plaît beaucoup,
« J'ai l'honneur d'êtrec etc. B. F. »
J'avais à peine envoyé ces dépêches que je reçus la lettre suivante de M. Adams.