‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 85 sur 136 · Cette lettre est ainsi conçue · texte numérisé non relu

Cette lettre est ainsi conçue

Mont-Vernon, 25 septembre 1785.

Cher monsieur, Au milieu des félicitations publiques qui accueillent votre heureux retour en Amérique, après une longue absence et les nombreux et éminents services que vous avez rendus à votre pays, services qui pour ma part me font votre obligé, permettez à un particulier de se joindre à la voix publique pour vous exprimer sa reconnaissance, et pour vous assurer que personne n'a plus de respect pour votre caractère, et que personne ne peut vous saluer plus sincèrement, ni avec un plus grand plaisir que je le fais en cette occasion. Avec la plus grande estime, etc.

George Washington.

Quand il conviendra à M. Houdon de venir ici, je l'accueillerai de mon mieux, et je m'efforcerai de rendre son séjour aussi agréable que je pourrai le faire. J'aurais un plaisir infini à vous voir. Cependant je n'ose espérer vous voir ici, quoiqu'il me serait doublement agréable de vous entretenir sous mon propre toit. J'ignore quand j 'aurai, ou même si j'aurai jamais le plaisir de vous voir à Philadelphie , car ma sortie de la vie publique ne m'a pas procuré tout le loisir et toute la tranquillité qu'on pouvait espérer.

Je suis avec estime, cher monsieur, votre très-obéissant, etc.

G. Washington.

A DAVID HARTLEY

Situation de V Amérique,

Philadelphie, 27 octobre 1785.

Cher monsieur,

J'ai reçu au Havre-de-Grâce six épreuves de votre portrait : je les ai apportées ici avec moi : j'en ferai encadrer une pour la garder dans ma plus belle chambre; j'en enverrai une à M. Jay ; quant aux quatre autres, je les distribuerai à quelques amis qui vous estiment et vous respectent autant que nous le faisons.

Vos journaux sont remplis du récit des infortunes et de la misère dans lesquelles nos États sont plongés depuis leur séparation de la Grande-Bretagne. Vous pouvez m'en croire, quand je vous dis que dans tous ces rapports il n'y a pas la moindre vérité. Je vois, au contraire, que nos biensfonds ont énormément augmenté de valeur, le prix des maisons de nos villes a tout au moins quadruplé. Les récoltes ont été abondantes, et néanmoins on les vend fort cher, au grand profit du propriétaire. D'un autre côté,

toutes les marchandises importées se vendent à bas prix, quelques-unes même au-dessous du prix de revient. Il y a pour les ouvriers abondance de travail et on les paie fort cher.

Voilà, pour moi, des signes certains de la prospérité publique. Il est vrai que quelques négociants se plaignent que le commerce est mort ; mais ce prétendu mal ne tient pas à ce qu'on ne peut acheter, payer ni consommer les articles ordinaires, il tient seulement à ce qu'il y a trop de marchands qui sont venus en foule de toutes les parties de l'Europe, avec plus de marchandises que la demande naturelle du pays n'pn réclame. Ce qu'on appelle en Europe la dette de l'Amérique est surtout la dette que ces spéculateurs et subrécargues ont contractée envers leurs armateurs ; le peuple d'Amérique, qui n'a jamais mieux payé ce dont il a besoin et ce qu'il achète, n'a rien à faire avec ces dettes-là. Quant au contentement que donne aux habitants le changement de gouvernement, il me semble qu'on n'en peut désirer une preuve plus forte que la réception qu'ils m'ont faite. Vous savez la part que j'ai eue à ce changement, et vous voyez dans les journaux les adresses qui de toutes parts ont salué le retour de votre ami dans son pays. Les sentiments qu'expriment ces adresses ont été confirmés hier par le choix qu'ils ont fait de votre ami pour président. Il a été élu à l'unanimité par le conseil et la nouvelle assemblée ; il ne lui a manqué qu'une voix sur soixante dix-sept.

Je me rappelle que vous aimiez à voir les journaux américains. Je vous en envoie quelques-uns; vous en recevrez régulièrement si vous pouvez m'indiquer un moyen de vous les adresser, sans que vous soyez obligé de payer les frais de port. Avec une estime et un respect inaltérables, je suis, mon cher ami, votre tout dévoué. B. F.

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