‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 89 sur 136 · La Philosophie morale de Paley · texte numérisé non relu

La Philosophie morale de Paley

Vous désirez savoir quels progrès nous faisons ici dans Fart d'améliorer nos gouvernements. Nous sommes dans la véritable voie des améliorations, car nous faisons des expériences. Je ne m'oppose pas à tout ce qui semble mauvais, car la multitude est mieux redressée par l'expérience , qu'elle n'est empêchée de mal faire par tous les raisonnements qu'on lui fait. Et je crois que de jour en jour nous sommes plus éclairés; aussi je ne doute pas qu'en peu d'années nous n'ayions autant de félicité publique qu'un bon gouvernement peut en procurer.

Vos journaux sont remplis des récits fabuleux de l'anarchie, de la confusion, de la détresse et des misères où nous sommes tombés par suite de la révolution ; le peu d'amis que l'ancien gouvernement a gardés parmi nous s'efforcent de grossir le moindre petit inconvénient qu'a pu occasionner le changement du commerce. Pour arrêter les plaintes que ces gens s'efforcent d'exciter, on a écrit la petite pièce ci-incluse '; en la lisant vous aurez de notre situation une idée plus vraie que celle que vous donnent vos journaux. Et je puis vous assurer que la grande majorité de notre peuple se trouve heureuse du changement, et n'a pas la moindre inclination à retourner sous la domination anglaise. Y a-t-il une preuve plus forte de l'approbation générale donnée aux mesures qui ont amené la révolution, et à, la révolution elle-même, que de voir l'assemblée et le conseil de Pensylvanie choisir presque unanimement pour gouverneur un des hommes qui ont été le plus mêlés à ces mesures? L'assemblée elle-même est nommée par le libre vote du peuple, et partage ses sentiments. Je dis presque unanimement, parce que sur soixante-dix à quatre-vingts votes, il n'y a eu pour la négative que mon vote et celui d'un autre.

1. Probablement la Réplique courtoise, un petit pamphlet de Franklin.

Quant à mon intérieur, qu'avec tant de bonté vous voulez connaître, il est aussi heureux que je puis le désirer. Je suis entouré des miens ; j'ai dans ma maison une fille attentive et dévouée, avec six petits- enfants. Vous avez vu Paîné ; il est maintenant au collège, dans une rue voisine ; il y achève son éducation littéraire ; les autres ont d'excellentes qualités et de bonnes dispositions. Quelle sera leur conduite quand, devenus plus grands, ils entreront sur la grande scène de la vie, je ne vivrai pas assez pour le voir, et je ne sais pas prévoir. Au milieu de mes enfants je jouis de l'heure présente, je laisse l'avenir à la Providence.

Celui qui élève une famille nombreuse, aussi longtemps qu'il vit auprès des siens et qu'il les surveille, donne, comme dit Watts, une plus large prise à la douleur ; mais il donne aussi une plus large prise au bonheur. Quand nous lançons sur l'Océan notre petite flotte de barques , destinées à des ports différents, nous espérons que chacune fera un bon voyage ; mais les vents, les écueils, les orages, les ennemis ont leur part dans la disposition des événements ; de là, plus d'un espoir trompé; aussi, quand nous songeons à ce risque contre lequel il n'y a pas d'assurance, nous devons nous estimer heureux s'il en est quelques-unes qui retournent avec succès. Le fils de mon fils, Temple Franklin, que vous connaissez aussi, a reçu de son père, pendant que nous étions à Southampton, le don d'une belle ferme de six cents acres; il a renoncé quant à présenta suivre la carrière politique, et s'applique avec ardeur à l'étude et à la pratique de l'agriculture. Cela m'est beaucoup plus agréable, car j'estime que l'agriculture est le plus utile, le plus indépendant, et par conséquent le plus noble des emplois. Les terres de Temple bordent un cours d'eau navigable, qui communique avec le Delaware ; il n'est qu'à seize milles de Philadelphie. Il s'est associé un fermier anglais fort habile, qui est récemment arrivé ici, et

qui doit le mettre au fait, en partageant avec lui les revenus de la terre, pendant un certain temps. Il y a donc grande apparence et grande probabilité de succès.

Vous avez la bonté de me demander un mot ou deux sur moi-même. Ma santé et mes forces n'ont pas diminué depuis que vous m'avez vu, grâce à Dieu. La seule infirmité que j'avais alors n'a pas empiré, elle est tolérable. Je jouis encore de la société de mes amis, et ayant une honnête aisance, j'ai plus d'une raison pour aimer la vie Mais le cours de la nature mettra bientôt fin à mon existence actuelle. Je m'y soumettrai avec d'autant moins de regret, que durant une longue vie j'ai vu une bonne partie de ce monde, et que je me sens une curiosité croissante d'en voir un autre. Avec la confiance d'un fils, je remettrai gaiement mon âme aux soins de ce grand et bon Père des hommes qui nous a créés, et qui depuis ma naissance jusqu à 1 heure présente, m'a si gracieusement protégé et favorisé Où que je sois, j'espère garder d'agréables souvent de votre amitié, étant avec une sincère et grande estime, mon cher ami, votre tout dévoué, B. F.

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