‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 90 sur 136 · A M. LE VEILLARD, A PASSY · texte numérisé non relu

A M. LE VEILLARD, A PASSY

Prospérité de l'Amérique. ~ Le cardinal de Rokan.

Philadelphie, 6 mars 1786, Mon cher ami,

q 3'iueQUvn IU f 6C grand Plaisir VOtre bonne lettre du 9 octobre. Elle ma appris que vous alliez bien, ainsi que la meilleure des femmes, et son aimable fille, qui je le pense, marchera sur ses pas. Tout mon bagage est venu en bon état sur le même vaisseau, et nous buvons chique jour les eaux épurées de Passy avec grand plaisir; elles se sont bien conservées, il semble même qu'un long voyage les rende plus agréables. 8 y s

Je suis au sein de ma famille, et ne suis pas seulement heureux moi-môme, j'ai aussi la joie de voir le bonheur de mon pays. Toutes les histoires que répandent les journaux anglais à propos de notre détresse, de notre confusion, de nos mécontentements politiques, sont aussi chimériques, soyez-en sûr que l'histoire de ma captivité en Algérie1. Elles n'existent que dans les souhaits de nos ennemis. Jamais l'Amérique n'a été plus prospère, ses produits sont abondants et se vendent bien, tous les ouvriers sont employés et bien payés, les terres et les maisons ont plus de trois fois la valeur qu'elles avaient avant la guerre, et comme notre commerce n'est plus un monopole aux mains des marchands anglais, on nous fournit tous les articles étrangers dont nous avons besoin, à un taux beaucoup plus raisonnable qu'autrefois. Aussi ne doutons-nous pas que nous serons en état de rembourser la dette de la guerre plus tôt que nous ne l'espérions.

Notre façon de lever l'impôt est sans doute imparfaite , nous aurions besoin de mieux nous entendre en finances, mais l'expérience de chaque jour nous instruit. Notre peuple est-il satisfait de la révolution, de ses nouvelles constitutions, de ses nouvelles alliances ? Rien ne le prouve mieux que la façon cordiale et joyeuse avec laquelle tout un peuple a salué le retour d'un homme qui passe pour avoir pris une part considérable à toutes ces choses. Tout ceci est une réponse à un passage de voire lettre, où vous me semblez trop imbu de certaines idées que ces menteurs de journaux anglais essayent de répandre à notre sujet.

Je suis étonné de ce que vous m'écrivez à propos du Prince-Évèque2. Si les charges qui pèsent sur lui se vérifient, ce sera un nouvel exemple de la vérité de ces pro-

1. Le bruit avait couru en France que Franklin avait été pris par des corsaires barbaresques.

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