‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 108 sur 138 · Sparks, Life of Franklin, p · texte numérisé non relu

Sparks, Life of Franklin, p

2. La convention fédérale qui faisait la Ck)DBtitution des Etats- Unis.

Doctear supposait que Panimal était dans toute sa crois^ sance, ce qui parait probable, et il pense que ce n'est point un monstre, mais une espèce particulière. Il fonde son opinion sur la forme parfaite de Panimal, sur ce que leserpent parait déjà d'un certain âge, et que dans la dernière guerre, on a trouvé un individu entièrement pareil près du lac Champlain. Le docteur m'en a montré le dessin. Il a demandé quelle serait la situation de ce serpent si, en traversant des buissons, une tête allait à droite, l'autre à gauche, et qu'aucune des deux ne consentit à reculer ni à céder. En comparant ce serpent à l'Amérique, il allait nous conter une ridicule histoire qui le môme jour s'était passée dans la convention ; il oubliait que tout ce qui se faisait dans la convention devait être gardé dans un secret profond ; on l'en avertit, ce qui l'arrêta et me priva de l'histoire qu'il allait conter.

a A la nuit, on rentra dans la maison; le docteur m'invita à le suivre dans sa bibliothèque qui est aussi son cabinet. C'est une très-grande chambre; les murs en sont garnis de rayons couverts de livres; il y a en outre quatre grandes alcôves, qui grandissent la chambre des deux tiers, et qui sont garnies de la même façon. C'est je crois la bibliothèque particulière la plus considérable et de beaucoup la meilleure qui soit en Amérique. Le docteur nous montra une machine en verre qui sert à démontrer la circulation du sang dans les artères et les veines. On voit un fluide rouge qui passe d'un réservoir dans de nombreux tubes capillaires en verre, qui se ramifient dans toutes les directions; puis le fluide retourne au réservoir par d'autres tubes semblables ; tout cela se fait avec une grande rapidité, sans qu'aucune force visible agisse sur le fluide. On dirait le mouvement perpétuel. Une autre grande curiosité était une presse à copier les lettres et manuscrits. En moins de deux minutes on a la copie d'une feuille de papier ; la copie est aussi nette que l'ori-

gînal et ne Paltère en rien. C'est une invention du docteur, elle est fort utile en mainte occasion. Il nous montra aussi un long bras artificiel qui lui sert à prendre et à remettre sur les rayons les livres qui ne sont pas à la portée de sa main, et son grand fauteuil avec un support à balancier, et un éventail placé au-dessus qui lui permet lorsqu'il lit, de s'éventer et de chasser les mouches par un simple mouvement du pied. Il nous fit voir bien d'autres curiosités de son invention , mais de moindre importance^ Il y a aussi dans la chambre un nombre prodigieux de médailles, de bustes, de médaillons en cire, ou en plâtre de Paris qui représentent les personnages les plus célèbres de l'Europe.

t Mais ce que le Docteur tenait surtout à me montrer, c'était un énorme volume sur la botanique, qui, en effet, me charma plus que toute autre chose dans la bibliothèque. Le livre était si grand que le Docteur eut peine à le prendre sur un rayon d'en bas et à le mettre sur la table. Mais avec l'ambition d'un vieillard, il insista pour qu'on ne l'aidât pas, afin de me montrer combien il lui restait de force. G*était le Systema Vegetabilium de Linné, avec la gravure de chaque plante, coloriée d'après nature. C'était une fête pour moi, et le docteur ne semblait pas moins charmé que moi. Nous passâmes une couple d'heures à examiner ce volume, tandis que les autres visiteurs s'amusaient de leur côté. Le Docteur n'est point botaniste ; il regrette de ne s'être pas occupé de cette étude, quand il était jeune. Il est fou d'histoire naturelle, et m'a exprimé le vif désir de me voir poursuivre le plan que j'ai commencé. Il espère que cette science, si négligée en Amérique, sera quelque jour étudiée ici avec autant d'ardeur qu'en Europe. J'aurais voulu me consacrer trois mois entiers à ce seul volume, mais craignant de fatiguer le Docteur, je fermai le livre quoiqu'il me priât de l'examiner plus longtemps.

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c Tandis que ces autres messieurs se noyaient dans la politique, le Docteur, durant toute la visite, me parut s'intéresser prodigieusement à l'histoire naturelle. Ce fut pour moi une circonstance favorable, car il ne causa guère qu'avec moi; je fus charmé des connaissances étendues qu'il avait sur chaque sujet, de la fraîcheur de sa mémoire de la clarté et de la vivacité de son esprit, malgré son âge. Ses manières sont d'une aisance parfaite ; autour de lui, tout respire la liberté et le bonheur. Il a une veine incessante de gaieté et une vivacité qui lui semble aussi naturelle et aussi nécessaire que de respirer. Il me pria de revenir le voir, la courte durée de mon séjour ne me le permettait pas. Nous prtmes congé à dix heures et je rentrai chez moi. >

On voit que le révérend Manassé Gutler a des pré-^ tentions & la finesse et à robseryation ; mais, à en juger par son récit, il a été enguirlandé par le bonhomme Franklin ; il n'a pas compris que le docteur, malgré ses quatre-vingts ans passés, aimait bien d'autres choses que l'histoire naturelle, mais qu'il savait se faire tout à tous, et qu'il devenait fo'u d'histoire naturelle durant une ou deux heures, pour plaire à son hôte et lui faire passer quelques instants heureux. Et à ce moment même, Franklin, qui s'oubliait pour un étranger, souffrait cruellement de la maladie qui devait l'emporter.

A JOHN INOENHOUSZ

La Russie et la Turquie. •— Z.0 crédit public aux États-Unis,

Philadelphie, 11 février 1788.

Mon cher vieil ami.

Il n'y a guères plus de quinze jours que votre lettre, du 28 septembre 1787, m'est parvenue. Elle m*a trouvé très-

souffrant de la pierre ; cet accès a suivi une chute que j^aî faite sur le perron qui descend à mon jardin ; j*ai été fort^ contusionné, et j^ai eu le poignet foulé de façon à ne pouvoir écrire durant plusieurs semaines. J'ai dono prié M. Vaughan de vous répondre pour moi ; vous trouverez sa lettre sous ce pli. Mais comme ma main a repris des forces, quoique j'aie encore de la peine à écrire, j'ajouterai quelques mots.

Tous les livres que vous aves envoyés h la Société philosophique et à moi sont arrivés. Il en sera fait mention dans notre prochain volume. En attendant recevez tous nos remerciments. Parmi les livres publiés dans ces derniers temps, il en est peu qui contiennent autant de choses nouvelles et utiles que ceux que vous avez écrits.

Je déplore avec vous Thorrible guerre qui menace d'en» velopper une si grande partie du genre humain. En général les guerres font si peu de bien et tant de mal que je souhaiterais aux princes de mieux comprendre combien il est imprudent de s'y engager ; peut-être alors seraientelles moins fréquentes. Si j'étais conseiller de l'impératrice de Russie, et si je voyais qu'elle désire posséder quelques provinces du Grand Seigneur, je lui conseillerais de faire le compte des impôts annuels que paye ce territoire, et d'offrir au Sultan , comme prix d'achat, vingt fois le revenu que donne ce pays. Et si j*étais conseiller du Sultan, je lui conseillerais de prendre l'argent et de céder la domination de ce territoire. Car je suis d'avis que l'attaque coûtera à l'impératrice beaucoup plus que cette somme, sans même que le succès soit certain, et que la défense ne coûtera pas moins au Sultan, ce qui fait pour lui double perte, s'il refuse l'offre qu'on lui fait. Mais pour faire et pour accepter de pareilles propositions, il faudrait que ces potentats fussent tous deux des créatures raisonnables, et affranchies d'ambition; c'est plus peut-être qu'on ne peut supposer.

Je suis heureux que la paix se rétablisse dans vôtre pays natal avec si peu de sang versé, quoique la façon dont cette paix s'est faite ne soit pas agréable à une grande partie de la nation. Si les Français étaient entrés avec les Prussiens et avaient fait de votre pays le siège de la guerre, le mal eût été infini. ,

Je suis vraiment affligé des pertes que vous avez éprouvées en essayant de faire le commerce avec nous. Jona* than Williams était en Angleterre et en Irlande, plusieurs mois avant mon départ de France. Depuis on l'a vu en différentes parties de TÂmérique, recueillant ce qu'on lui devait ; il est ici en ce moment. Je lui ai parlé de vos affaires. Il me dit que votre envoi en Caroline s'est bien vendu, et qu'on vous en a retourné le produit en indigo ; ce qui eût donné un grand profit si l'indigo était arrivé. Mais, quoique son correspondant eût eu la prudence de faire assurer la cargaison à Gharleslon, on n'a pu rien tirer de l'assurance, car Gharleston a été pris bientôt après, et les assureurs ont été ruinés. Williams dit qu'il perd cent guinées pour sa part de cette malheureuse spéculation. J'étais dans l'erreur quand je vous ai dit que son frère lui avait remis vos certificats ; ce n'étaient que des copies authentiques qu'il m'a remises. Mais j'ai écrit à John de donner les originaux à M. Charles Vaughan, qui est à Boston en ce moment, et de régler votre compte, en payant à M. Vaughan tous les billets qu'il peut avoir entre les mains ; je ne doute pas qu'il le fasse.

Ces certificats sont très-bas à présent ; mais nous espérons et nous croyons qu'ils remonteront quand notre nouvelle constitution sera établie. J'ai prêté à l'ancien Congrès trois mille livres sterling, valeur en argent, et j'ai pris des certificats promettant intérêt à six pour cent; mais depuis plusieurs années je n'ai pas reçu d'intérêts, et si je voulais vendre le capital je n'en tirerais pas plus du sixième. N'attribuez point cela à un manque d'honnêteté

chez notre gouyernement ; c'est un manque de pouvoir, la guerre a épuisé les ressources de la nation. Durant la guerre , le 3 pour cent de la Grande-Bretagne est luimême tombé de 95 à 54. L'ennemi avait dans notre pays des armées puissantes qui ravageaient, pillaient, détruisaient nos villes, et empêchaient notre agriculture, tandis que les flottes anglaises ruinaient notre commerce ; cela a duré huit ans. Croyez-vous que môme en votre riche pays, le crédit public eût résisté à un pareil traitement? Mais nous nous rétablissons rapidement, et si la paix continue (que Dieu nous l'accorde !) nous serons bientôt dans un état florissant.

Je ne croyais pas que je pourrais en écrire si long. Je Tai fait, il est vrai, à plusieurs reprises, un peu chaque fois. Il ne me reste plus qu'à ajouter que , avec une inaltérable aHection, je reste toujours, mon cher ami, votre, etc., B.F.

A H. LE VEILLAHD

Mémoires de Franklin. — Constitution des États-Unis^ Restrictions commerciales. — Papier^monnaie.

Philadelphie, 12 février 1788.

Mon cher ami,

M. Saugrain m'a remis votre bonne lettre du 23 juin ; c'est la dernière que j'aie reçue de vous. Vous avez tant de loisir, et vous aimez tant à écrire, que je ne puis croire à un si long silence de votre part , vous qui avez la bonté de m'aimer, et qui savez combien vos lettres me font plaisir. Je soupçonne donc que vous aurez écrit trop librement sur les affaires publiques, que vos lettres ont été arrêtées à la poste, et qu'on vous a logé à la Bastille. Vous voyez qu'il m'est plus facile de faire les suppositions les plus extravagantes , que de soupçonner, comme

font trop souvent vos lettres , c[ue mes amis puissent m'oublier.

Je me serais occupé de Phistoire en questions si j'avais pu éviter le fauteuil de la présidence pour cette troisième et dernière année *. Le Conseil et TAsseniblée généralOf réunis en novembre, m'ont de nouveau réélu d'une voix unanime. Si je vis assez pour voir finir cette année, j'aurai peut-être quelques loisirs ; je vous promets de les emr ployer à l'œuvre à laquelle vous me faites l'honneur de me pousser si vivement.

Ma dernière lettre renfermait un exemplaire du nouveau projet de Constitution fédérale rédigé par la dernière Convention. J'en ai fait également tenir un à notre excellent ami le duc de la Rochefoucauld. J'ai assisté régulièrement aux séances de la Convention pendant quatre mois. Vous trouverez sous ce pli le dernier discours que j'y ai prononcé'. Six États ont déjà adopté la Constitution; et maintenant il n'y a guère de doute que si elle n'est pas immédiatement acceptée par tous les pays, elle le sera par un nombre d'États suffisant pour assurer sa mise à exécution^. Cependant elle a rencontré beaucoup d'opposition dans quelques États : car nous sommes aujourd'hui un peuple de politiques. Et quoique on craigne généralement d'accorder trop de pouvoir cmx gouvernants, je pense que nous avons bien plus à craindre le trop peu d'obéissance chez les gouvernés.

Comme vous le supposez, nous allons mettre des impôts sur le commerce , et nous aurons des douanes, non pour suivre l'exemple des autres nations, mais parce que nous né pouvons aujourd'hui nous en passer. Il nous faut liqui-

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