‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 11 sur 138 · HENRY LAURENS A B. FRANKLIN · texte numérisé non relu

HENRY LAURENS A B. FRANKLIN

Londres, 20 avril 1782.

c Monsieur,

c Je vous ai écrit le 7 du courant par M. Oswald. Le 28, j'ai reçu des mains de M. Young votre réponse du 12, avec une copie de la commission pour traiter de la paix.

« L'engagement qu'avait exigé de moi l'ancien ministère a été annulé par le nouveau. On a bien voulu m'élargir sans conditions; mais comme je ne veux pas que les États-Unis soient vaincus en générosité, encore bien que de ce côté-ci les marques en aient été un peu lentes , j'ai pris sur moi d'assurer lord Shelburne, dans une lettre de remerclment, que le Congrès ne manquerait pas d'offrir une juste compensation de ce procédé. Je pensais au lieutenant général lord Gornwallis. Il y a quelques temps, le

Congrès a eu la bonté d'oflfrir pour ma rançon, un autre lieutenant général ' , et j'apprends qu'il était dernièrement question, à ce sujet, de lord Gornwallis lui-même. Ce serait une grande satisfaction pour moi de vous voir concourir à l'acquittement de cette dette d'honneur, que nous avons contractée ensemble et d'obtenir que Sa Seigneurie fût déliée de sa parole.

c Quant à moi, quoique je ne sois pas un téméraire, j'imagine que je ne m'exposerais pas à la censure , en faiisant ce marché de concert avec vous. Je vous conjure, Monsieur, d'y réfléchir sérieusement. Je prendrai la liberté de vous demander quelle est votre détermination, quand je serai arrivé sur le continent ; c'est-à-dire, sous peu de jours.

€ Lord Gornwallis, avec qui j'eus dernièrement une conversation, me soumit le cas de conscience que voici : c Supposons, me dit-il, que les Américains eussent déjà ff résolu d'offrir lord Gornwallis en échange de M. Laurens, f pourrais-je maintenant, que vous êtes libre, jouir du c bénéfice d'une semblable intention ? » Moi, qui aime à jouer franc jeu, je répondis sur le champ et du fond du cœur : < Sans aucun doute , mylord ; dans ce cas vous « devez être dégagé de votre parole, et vous le serez, j'en <c prends sur moi la responsabilité. » Je crois que certaines formes légales forçaient à me rendre la liberté sans conditions; mais j'avais déjà refusé delà recevoir sans retour; et l'échange de lord Gornwallis avait été compris sous ce mot. Il n'y a pas de doute qu'en me posant la question. Sa Seigneurie n'eût en vue cet engagement.

c J'ai uniformément et explicitement déclaré aux Anglais de la première distinction, qu'on ne traiterait jamais avec nous sans l'aveu de notre indépendance, et sans le con-r sentement préalable de nos alliés. « En un mot, ai-je dit, si vous voulez la paix, demandez qu'elle soit générale. >

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