A M. DUPONT DE NEMOURS
Constitution des États-Unis, — Principes de commerce. —
Dictionnaire de Commerce.
Philadelphie, 9 juin 1788.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 31 décembre, avec l'extrait d'une autre j que vous désiriez que l'on traduisit et publiât ici. Mais, avant qu'elle arrivât, sept états avaient ratifié la Constitution nouvelle, et Ton attendait chaque jour que d'autres en fissent autant. La discussion la plus complète avait eu lieu dans la Convention et dans tous les journaux, le sujet était épuisé. Il était donc trop tard pour proposer un délai, et surtout un délai comme celui qu'eût exigé la révision et la correction de toutes les Constitutions séparées. Il faudrait au moins un an pour convaincre treize états que les Constitutions dont ils se servent, depuis la révolution, sans y observer d'assez grands défauts pour qu'il valût la peine de les corriger, sont cependant assez vicieuses pour ne pouvoir durer davantage, ni faire partie d'un Gouvernement fédéral. Et, lors même qu'on les en convaincrait, il faudrait probablement quelques années de plus pour faire les corrections.
Un huitième état vient d'adhérer à la Constitution ; quand un neuvième s'y joindra, ce qu'on attend de jour en jour, la Constitution sera mise à exécution. Il est probable, cependant, qu'à la première session du nouveau Congrès, on proposera et on discutera divers amendements. J'espère alors que votre écrit, Sur les principes et le bien des Républiques en général, etc.^ pourra être mis dans les mains de nos représentants, et je suis sûr qu'un ouvrage de votre main
1. Ami et disciple de Turgot; il a conservé jusqu'à la révolution le titre et les fonctions de Secrétaire général du commerce.
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fournira des idées utiles, et produira de grands avantages, lors même qu'on ne le suivrait pas entièrement.
Mais nous ne devons pas compter qu'un nouveau Gouvernement se forme comme on joue une partie d'échecs ; il ne suffit pas d'une main habile et qui ne fasse pas de fautes. Le nombre de nos joueurs est si grand , leurs idées si différentes, leurs préjugés si forts et si divers, leurs intérêts particuliers si indépendants de l'intérêt général et souvent si opposés, qu'on ne peut faire un coup qu'il n^soit contesté. Les nombreuses objections confondent l'intelligence ; les plus sages peuvent accepter certaines choses peu raisonnables, pour en obtenir de raisonnables qui ont une plus grande importance; ainsi, le hasard a sa part dans beaucoup de résolutions, de sorte que ce jeu ressemble moins aux échecs qu'au trictrao^ avec son cornet et ses dez.
Nous sommes charmés de l'intention de favoriser notre commerce, que votre Gouvernement manifeste dans son dernier règlement. Vous paraissez convaincus d'une v^« rite que peu de Gouvernements comprennent; c'est qu'A doit prendre quelques-uns des produits de B; autrement, B ne sera pas en état de payer ce qu'il voudrait acheter à A.
Mais, pour faciliter et augmenter nos relations, il manque une chose. C'est un dictionnaire, qui expliquerait dans les deux langues les noms des différents articles de manufactures. Quand j'étais à Paris, je reçus un ordre d'achat considérable de marchandises différentes, particulièrement de l'espèce que nous appelons hard wares ^ c'est-à-dire, objets de fer et d'acier. Quand je montrai la lettre d'envoi à vos fabricants, ils ne comprirent point quelles espèces de marchandises ou d'outils ces noms désignaient; et on ne pût trouver aucun dictionnaire anglais ou français qui l'expliquât. De sorte que j'envoyai