‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 129 sur 138 · A ALEXANDER SMALL · texte numérisé non relu

A ALEXANDER SMALL

Lois des pauvres, — Les loyalistes. — Les gouvernements

anglais et français.

Philadelphie, 5 novembre 1789.

J*ai reçu vos lettres des 23 avril, 9 mai et 2 juin, ainsi que le manuscrit du Traité sur la Ventilation^ qui sera inséré dans notre prochain volume.

Je crois, comme vous , depuis longtemps, que vos lois des pauvres, sont un très-grand mal, en ce qu'elles encouragent l'oisiveté. Nous avons suivi votre exemple ; nous commençons à voir notre erreur, et j'espère que nous la corrigerons.

Je vois par vos lettres qu'on a toujours assez de patience pour supporter avec calme et froideur les injures faites à autrui. Vous avez accordé un plein pardon aux royalistes, et vous paraissez surpris que nous conservions quelque ressentiment contre eux pour s'être joints aux sauvages , afin de brûler nos maisons, d'assassiner et de scalper nos amis , nos femmes et nos enfants. Je ne me rappelle plus le nom de celui qui a dit : c II nous est ordonné de pardonner h nos ennemis; mais, nulle part, il ne nous est commandé de pardonner à nos amis. » Il est certain cependant que les offenses atroces que nous recevons de nos amis excitent chez nous un ressentiment plus profond

que les insultes que cous font nos ennemis. Les Royalistes nous ont abandonnés, pour vivre sous le gouvernement de leur Roi, en Angleterre et dans la Nouvelle-Ecosse. Nous n'avons pas besoin d'eux ; nous ne souhaitons pas leur retour; et nous ne leur envions pas leur bonheur présent.

Ce que vous me dites des grandes espérances que vous^ donnent vos manufactures, votre agriculture et votre commerce, me fait plaisir, car j'aime toujours l'Angleterre, et je lui souhaite toutes sortes de prospérités.

Vous me dites que le Gouvernement français est bien puni de la trahison dont il s*est rendu coupable enversl'Angleterre, en nous prêtant des secours. Vous eussiez pu remarquer également que le Gouvernement anglais avait été puni de sa trahison envers la France, pour avoir envoyé des secours aux Corses, et s'être emparé des vaisseaux français en pleine paix, et sans déclaration deguerre préalable. Je crois qu'en fait d'honnêteté, les Gouvernements se valent tous, à peu de chose près. Il ne convient à aucun d'eux de se louer au détriment de ses voisins.

Vous me faites trop d'honneur en me comparant à Timoléon. Je ne lui ressemble qu'en ce que je renonce, comme lui, aux affaires publiques ; il est vrai que c'est une nécessité que m'imposent la pierre et les autres infirmités de l'âge.

J'espère que vous êtes revenu de la visite que avez faite à votre pays natal, et que le voyage a fortiOé votre santé.

La fortune de M. Penn, sur laquelle vous me demander des détails, est toujours considérable ; et j'apprends au'il a reçu, en Angleterre, une ample indemnité pour la artie qu'il en a perdue '.

1. La famille Penn avait des biens considérables en Pensylvanie, et en outre la propriété du gouvernement de la colonie^ C'est cette propriété qu'elle avait perdue à la Révolution.

Sm CORRESPONDANCE

Je pense que vous avez fait un choix heureux d'amusejients champôtres, en protégeant les abeilles, et en d6« truisant l'insecte qui ronge le houblon. Je souhaite un plein succès à vos expériences, et serai charmé d'en connaître le résultat. Votre Théorie des insectes me parait la plus ingénieuse et en même temps la plus plausible de toutes celles qui ont été proposées jusqu'ici par les savants.

Notre nouvelle Constitution embrasse maintenant onze états-, on s'attend à l'accession d'un douzième. La pre* mière session du nouveau Congrès fédéral s'est passée avec une sagesse remarquable, et beaucoup d'union. Nos dernières moissons ont été abondantes, nos denrées se vendent toujours à un bon prix, à cause des nombreuses demandes que nous fait l'étranger, et de l'état florissant de notre commerce. Je suis toujours, mon cher ami, votre tout dévoué B. F.

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