A M. LE ROT
Affaires de France.
Philadelphie, 13 novembre 1789.
11 y a maintenant plus d'un an que je n'ai reçu de nouvelles de mon cher ami Le Roy. Quelle peut être la cause de ce silence ? Êtes -vous encore de ce monde ? Ou la populace de Paris a-t-elle pris la tête d'un accapareur de sciences pour celle d'un accapareur de blé, et l'a-t-elle portée en triomphe, dans les rues, au bout d'une pique?
Les nouvelles qui nous viennent de Paris depuis un an sont très-affligeantes. Je prie Dieu sincèrement que cette crise se termine heureusement pour le Roi et pour la Nation. Je crains qu'au milieu de ces tumultes, on n'entende guères la voix de la. philosophie. S'il était survenu quelque chose d'important dans la science, je suis persuadé que vous m'en eussiez informé. Quoi qu'il en soit, don-
nez-moi de vos nouvelles un peu plus souvent. Quoique la distance qui nous sépare soit grande, et les communications peu régulières, cependant une année de silence entre deux amis donne nécessairement de Finquiôtude.
Notre nouvelle Constitution est maintenant établie, et promet de durer ; mais, hélas I qu'y a-t-il de certain dans ce monde, hormis la mort et Timpôt?
Ma santé est toujours la môme, si ce n'est que je deviens plus maigre et plus faible ; aussi ne dois-je pas compter d'aller bien loin.
Mes respects à votre bon frère, et à nos amis de l'Académie, à laquelle je souhaite toujours gloire et prospérité. Adieu, mon cher ami, croyez-moi toujours volare affectionné, B. F.
A DAVro HARTLEY.
Convulsions en France. — La Grande-Bretagne
et les États-Unis,
Philadelphie, 4 décembre 1789.
Mon bien cher ami,
J'ai reçu votre lettre du mois d'août dernier. L'intérêt que vous prenez à mon état de souffrance est très-obligeant. Néanmoins je remercie Dieu qui, au milieu de la quantité de maux auxquels l'humanité est sujette, ne m'a départi qu'une seule maladie sérieuse , et cela assez tard pour ne pas craindre qu'elle soit de longue durée.
Les convulsions dont souffre la France sont accompagnées de circonstances pénibles; mais si cette crise Im vaut et lui assure sa liberté future et une bonne Constitution, la jouissance de ces deux bienfaits, durant quelques années , la dédommagera largement des maux que leur acquisition lui aura coûtés. Dieu veuille que non-seulement Tamour de la liberté, mais une connaissance parfaite des
droits de Phomme, gagne toutes les nations de la terre , de sorte qu'un philosophe puisse s'écrier, en posant le pied sur quelque coin du globe que ce soit : o C'est ici ma patrie! >
Dans toutes les lettres que vous m'écrivez , vous me manifestez le désir de voir une amitié cordiale et perpétuelle subsister entre la Grande-Bretagne et ses anciennes colonies. Si vous voulez jeter les yeux sur récrit ci-inclus *, vous connaîtrez ma façon de penser à cet égard. Je ne vous fais passer aucune de nos gazettes, elles ne valent pas les frais de poste de Liverpopl. Je vous envoie tous mes vœux pour la félicité des trois aimables Hartley ; je m'honore d'être leur ami dévoué et leur très-obéissant et très-humble serviteur; B. F*
A MISTRISS JANE MECOM.
Le baron de Trenck, — Musique sacrée.
Philadelphie, 17 décembre 1789.
Chère sœur,
Vous me dites qu'une personne de votre connaissance vous prie de me demander si les faits, rapportés dans les Mémoires du baron de Trenck , sont fondés en vérité : je ne puis vous dire qu'une chose, c'est que j'ignore nécessairement une grande partie de ces faits, puisque le lieu de la scène est en Allemagne. Mais, quant h ce qu'il prétend s'être passé en France, entre les ministres, lui et moi, je puis dire positivement que c'est un mensonge qu\in mot suffit à dévoiler. Je n'ai jamais vu le baron de Trenck en France, je n'ai jamais entendu parler de lui, avant que ses Mémoires^ imprimés en allemand, me tombassent sous la main. Il se permet d'y raconter que, d§ coaçert