‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 14 sur 138 · LE COIITE DE VERGENNES A B. FRANKLIN · texte numérisé non relu

LE COIITE DE VERGENNES A B. FRANKLIN

Versailles, 5 mai 1782.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le k de ce mois, ainsi que celles qui y étaient jointes. Je vous verrai avec plaisir, ainsi que votre ami, demain matin à onze heures. J'ai l'honneur d'être, etc.

De Vergennes.

Le lundi matin j'allai avec M. Oswald à Versailles, et nous vîmes le ministre. M. Oswald lui fit connaître que sa Cour était disposée à traiter d'une paix générale, et à Paris môme ; il lui annonça Farrivée prochaine de M. Grenville, qui, dit-il, était parti à peu près en môme temps qne lui, mais qui serait quelques jours de plus en route, parce qu'il viendrait probablement par Ostende. La conversation fut générale et assez agréable, mais sans importance.

Au retour, M. Oswald me répéta qu'il croyait que l'affaire du Canada serait réglée à notre satisfaction, mais qu'il désirait qu'on n'en parlât qu'à la fia du traité. Il ajouta qu'on craignait que les plus grandes difficultés ne Tinssent de l'Espagne ; mais que si elle était déraisonnable, il y avait des moyens de la mettre à la raison. La Russie était amie de l'Angleterre ; elle avait fait récemment de grandes découvertes au fond de l'Amérique septentrionale ; elle pouvait y fonder des établissements, transporter ime armée du Kamscbatka jusqu'à la côte du Mexique, et conquérir toutes ces contrées. Ceci me parut un peu chimérique, quant à présent, mais je n'essayai pas de le contredire.

Somme toute, ce que j'avais pu tirer de M. Oswald au sujet des sentiments de lord Shelburne était si peu de chose, que je m'étonnai qu'on eût pris la peine de me l'adresser de nouveau, alors que M. Grenville devait le suivre de si près.

Le mardi, j'allai, comme d'ordinaire, à la Cour. M. de Vergennes me demanda si M. Oswald ne s'était pas ouvert davantage avec moi. Je lui dis qu'on m'avait fait voir les minutes du Conseil et l'instruisis des expressions vagues qu'elles contenaient au sujet des négociations. Il parut surpris que M. Oswald n'eût rien apporté de plus explicite. Je supposai que M. Grenville serait mieux fourni.

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Le lendemain matin j'écrivis à M. Âdams la lettre suivante :

A JOHN ÂDAMS.

Passy, 8 mai 1782.

Monsieur,

M. Oswald, dont je vous ai parlé dans une de mes précédentes que vous avez reçue, est de retour. Il m'a apporté une nouvelle lettre de lord Shelbume, dont je vous envole copie. Sa Seigneurie me mande que M. Oswald est chargé de me communiquer ses sentiments. Ce dernier est cependant fort économe d'ouvertures. Tout ce que j'ai tiré de lui, c'est que le ministère est décidé à reconnaître l'indépendance américaine c sous la condition que la Grande- Bretagne sera replacée dans la position où l'avait laissée la paix de 1763. » Gela veut dire, je suppose, qu'on lui rendra toutes les lies que la France lui a prises. C'est nous proposer ^e nous vendre ce que nous avons déjà, et de faire payer à la France le prix qu'il plaira à l'Angleterre de lui demander.

M. Grènville, que vient de dépêcher M. Fox, est attendu ici d'un jour à l'autre. M. Oswald m'assure que M. Laurens sera bientôt à Paris. Je reçois à l!instant votre lettre du 2 courant. Je vous écrirai dorénavant par les courriers de la cour, car je suis sûr que les lettres que vous m'envoyez sont ouvertes à la poste , soit ici , soft en Hollande ; et je suppose que les miennes sont traitées de la môme façon. Je vous envoie l'enveloppe de votre dernière , pour que vous voyiez le cachet. Je suis avec respect, monsieur, etc. B, F.

J'avais à peine envoyé cette lettre que M. Oswald entra, suivi de M. Grènville, qui venait d'arriver. Il

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me remit la lettre suivante de la part de M. Fox, secrétaire d'État :

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