‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 36 sur 138 · A JOHN SARGENT · texte numérisé non relu

A JOHN SARGENT

Passy, 27 janvier 1783.

Mon cher ami.

J'ai reçu et lu avec grand plaisir la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire le 3 courant; elle me donnait de bonnes nouvelles d'une famille que j'ai si longtemps estimée et aimée, et à laquelle j'ai des obligations que je n'oublierai jamais. Notre correspondance a été interrompue par cette abominable guerre. Je n'attendais point de lettres de vous,^ et je ne voulais pas vous exposer en vous écrivant. Maintenant les communications sont libres, et après le plaisir de vous revoir et de vous embrasser tous à Halstead, je n'en connais pas de plus doux que d'avoir souvent des nouvelles de votre santé et de votre bonheur.

Mistriss Sargent et son excellente mère sont trop bonnes de me souhaiter d'heureuses années. Je dois être satisfait de celles que la Providence a déjà daigné m'accorder. Je suis dans mes soixante-dix-huit ans; j'ai passé cette longue vie sans infortunes extraordinaires, gardant presque toujours ma santé, ma vigueur d'esprit et de corps. Pendant près de cinquante ans j'ai eu la confiance de mon pays

dans des emplois publics, et danstous les pays oti j'ai résidé, j*ai joui de l'estime, de l'affection, de l'amitié de beaucoup d'bonmies sages, de beaucoup d'excellentes femmes. Pour ces grâces et ces bénédictions, je remercie Dieu, dont j'ai eu la protection jusqu'à présent, j'espère qu'il me la conservera jusqu'à la fin, qui ne peut pas être fort éloignée.

Ce que vous me dites de votre famille est charmant; mais pourquoi votre fils aîné reste-t-il si longtemps sans se marier? J'espère qu'il n'entend pas vivre' et mourir garçon. La roue de la vie, qui depuis Adam jusqu'à lui a tourné sans interruption, ne doit pas s'arrêter avec lui. Dans l'arbre généalogique des Sargent, je ne voudrais pas qu'il y eût une branche morte et stérile. Malgré toutes nos plaisanteries le mariage est l'état le plus heureux; il répond à notre nature. L'homme et la femme ont chacun des qualités qui manquent à l'autre ; réunies elles contribuent à la félicité commune. Seuls et séparés, ce n'est plus l'être humain complet; c'est une branche de ciseaux; ils ne répondent plus à la fin pour laquelle ils ont été faits.

Je suis affligé des pertes que la guerre vous a fait souffrir; vous êtes encore assez actif et assez jeune pour les réparer, et la paix, je l'espère, vous on offrira l'occasion.

Présentez mes respects à mistriss Sargent que j'aime beaucoup, et croyez moi, etc. B. F.

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