‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 35 sur 138 · A SAMUEL COOPER · texte numérisé non relu

A SAMUEL COOPER

Préliminaires du traité.-^ Importance de VoUiance

avec la France.

Passy, 26 décembre 1782.

Cher moDsieur,

Nous avons fait de grands pas vers la paix. Notre indépendance est reconnue, nos frontières aussi bonnes et aussi étendues que nous le demandions , et nos pêcheries mieux traitées que le Congrès ne s'y attendait. J'espère que l'ensemble des préliminaires sera approuvé, et que le traité définitif donnera entière satisfaction à notre pays. Mais il y a tant d'intérêts à ménager entre cinq nations, et tant de réclamations à ajuster, que je n'ose me flatter de voir la paix bientôt conclue, quoique je la souhaite, que je prie pour elle, et que j'emploie tout mon zèle pour la favoriser.

Je suis extrêmement chagriné du langage que certains Américams tiennent de ce côté-ci de Teau et du vôtre ; on compromettra ainsi la bonne intelligence qui a jusqu'à présent subsisté si heureusement entre la cour de France et notre pays. Il semble qu'il y a chez nous un parti qui souhaite de la détruire. S'il y réussissait, il nous ferait un mal irréparable. C'est notre ferme union avec la France qui nous donne du poids en Angleterre et qui nous vaut le respect de l'Europe. Si nous rompions avec la France, 8ou$ quelque prétexte que ce soit , TAngleterre recommencerait à nous fouler aux pieds, et tous les peuples nous mépriseraient. Nous ne pouvons donc être trop sur nos gardes et be pas permettre à des ressentiments particuliers d'entrer dans nos conseils publics. Vous entendrez beaucoup parler d'une lettre interceptée que nous a communiquée le ministère anglais'. Le canal est suspect. On a pual-

1. C'était une lettre de M. Barbé Marbois, secrétaire de Tarn-

iSU CORRESPONDANCE

térer la lettre ou y ajouter; mais supposons-^la vraie, on ne peut imputer le zèle téméraire ou Terreur d'un secrétaire de légation à un roi qui, de tant de manières s'est toujours montré notre fidèle et ferme allié.

A mon avis, le véritable intérêt politique de l'Amérique consiste à observer et à remplir avec la plus grande exactitude les engagements de notre alliance avee la France, et en môme temps, à nous conduire avec TAngleterre de façon à ne pas éteindre tout espoir d'une réconciliation.

J'ai grande envie de vous voir et de revoir mon pays une fois encore avant de mourir, car je sois toujours, mon cher ami, votre bien affectionné. B. F

A MISTRISS MARTHEWS(»i

Sut la mort de sa mèr$.

Passy, 27 janvier 1783.

J'apprends par votre dernière lettre la mort de ma meilleure amie*, j'en suis profondément affecté. La revoir encore une fois dans ce monde était un des priooipaoi moti£i qui m'engageaient à revisiter l'Angleterre avant dt retourner en Amérique. L'année dernière m'a enlevé met amis, le docteur Pringle, le docteur Fothergill, lord Kames et lord Le Despencer. Celle-ci commence par me ravir ce qui me reste, et me porte le coup le plus rude. Ainii se dénouent l'un après l'autre les liens qoi m'attachaient à l'Angleterre et an monde ; bientôt je n'aurai plus rien qui m'ôte le désir de suivre mes amis.

Je devais vous écrire en vous en voyant les onze volumes,

française, en Amérique. Cette lettre ne contenait qu'une particulière au sujet des pêcheries américaines, et ir> «r'ei^nnes n'en tint aucun compte.

'• l'sa Stevenson, la mère de mistriss Hewson.

mais j'ai perdu mon temps à attendre le douzième. Je vous ai écrit en vous l'expédiant. Avez-vous reçu ma lettre ? Je vous demandais votre avis sur mon voyage en Angleterre. A la réflexion, je crois connaître assez votre prudence pour prévoir que vous me direz de ne pas venir trop tôt, de peur que ma présence ne soit regardée comme une bravade et un outrage pour des personnes qu'il faut respecter. Je retarderai donc ce voyage jusqu'au moment de mon départ pour l'Amérique. Je ne resterai en Angleterre que le temps qu'il faudra pour prendre congé de mes amis et passer quelques jours avec vous. J'emmènerai Ben *, et peut-être le laisserai-je sous votre garde.

Enfin, nous avons la paix, Dieu merci'! Puisse-t*elle durer longtemps, bien longtemps. Toutes les guerres sont des folies, folies ruineuses, folies malfaisantes. Quand donc les hommes seront-ils convaincus de cette vérité, et soumettront-ils à un arbitrage leurs querelles politiques? Dût-on en décider par un coup de dés, cela vaudrait mieux que de se battre et de s'égorger mutuellement.

Le printemps aproche , et dans cette saison voyager est délicieux. Ne pourriez-vous point, tandis que vos enfants sont tous en pension, faire une promenade jusqu'ici ? J'ai maintenant une grande maison dans une situation délicieuse. Je puis vous y recevoir avec deux ou trois amis, et en voiture il ne faut qu'une demi-heure pour y venir de Paris.

Quand on regarde devant soi, vingt*cînq ans semblent un terme bien long, mais quand on regarde en arrière^ qu'il est court 1 Pourrez-vous croire qu'il y a un quart de siècle que nous nous sommes vus pour la première fois? C'était en 1757. Durant la plus grande partie de ce temps.

2. Les préliminaires de la paix générale avaient été signet entre toutes les parties, le 20 janvier 1783.

j'ai vécu sous le même toit que votre mère, cette chère amie que dous pleurons, et naturellement vous et moi nous causions ensemble souvent et beaucoup. Disons-le à notre honneur commun, jamais il n'y a eu entre nous la moindre mésintelligence. Notre amitié a été un beau jour, 1 n'y a jamais eu de nuages dans notre ciel. En finissant, laissez-moi vous dire ce que je n'ai eu que trop d'occasion de répéter aux anciens amis qui me restent : Moins nous restons , plus il faut nous aimer les uns les autres. Adieu, croyez-moi toujours votre bien affectionné, B. F,

Page 1