A SIR JOSEPH BANKS
Sur le retour de la paix.
Passy, 27 juillet 1783.
Cher monsieur,
J*ai reçu votre bonne lettre par le docteur Blagden; je
1 . Le Congrès vota des rsmerciements à M. Wren ; et le collège de Princeton, dans la Nouvelle Jersey, le nomma docteur en théologie.
DE BENJAMIN FRANKUN. l/i9
me tiens fort honoré de votre aimable souvenir. J'ai été trop souvent et trop sérieusement occupé d'affaires publiques, depuis que le docteur est ici pour avoir pu jouir de sa conversation. J'espère que bientôt j'aurai plus de loisir, et que je pourrai en consacrer une partie à des études qui sont beaucoup plus agréables pour moi que les affaires politiques.
Je me joins à vous pour me réjouir cordialement du retour de la paix. J'espère qu'elle sera durable et que les honmies,qui s'intitulent des créatures raisonnables, auront enfin assez de raison et de bon sens pour terminer leurs différends sans se couper la gorge, car, à mon avis, il n!y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix. Si l'on avait employé à des travaux d'utilité publique l'argent qu'on a dépensé en guerres, combien les hOQunes n'auraient-ils pas ajouté aux douceurs et aux jouissances de la vie ! L'agriculture se serait étendue jusqu'aux sommets de nos montagnes. Combien de rivières rendues navigables ou réunies par des canaux ! Combien de ponts, d'aqueducs, de routes, d'édifices ! Combien d'améliorations qui feraient de TÀngleterre un paradis. Et tout cela ou aurait pu l'obtenir en dépensant à faire du bien tous ces millions que dans la dernière guerre on a dépensés à faire du mal. On a réduit à la misère des milliers de famille ; on a tué des millions d'ouvriers qui auraient fait cet utile labeur.
Je suis charmé des découvertes astronomiques que vient de faire notre société '. Aujourd'hui que l'Europe est fournie d'Académies des sciences, avec de bons instruments et le goût des expériences, le progrès des connaissances humaines va devenir rapide ; on fera des découvertes dont à présent nous n'avons pas même l'idée. Je commence presqu'à m'affliger d'être né sitôt, puisque je ne puis avoir le bonheur de savoir ce qu'on saura dans cent ans d'ici.