A THOMAS BRAND HOLLIS
Éloge de Thomas Mollis.
Passy, 5 octobre 1783.
Monsieur,
Je^ viens seulement de recevoir (quoique vous me les ayez envoyés au mois de juin) les Mémoires de Thomas HolliSj que vous avez eu la bonté de m'offrir. Vous avez bien raison de le qualifier d'excellent citoyen du monde et de fidèle ami de V Amérique. L'Amérique est extrêmement sensible à sa bienveillance et à ses bienfaits ; elle ne cessera de révérer sa mémoire. Ces volumes sont la preuve de ce que j'ai dit quelquefois en encourageant certaines personnes à entreprendre quelque service public difficile; c'est chose prodigieuse que la quantité de bien que peut faire un seul homme, s'il en fait son métier. On ne saurait non plus concevoir à combien peu se réduit tout ce que font certaines gens; car telle est en général la frivolité des occupations et des amusements de ceux que nous appelons des gwUlemen^ que, dans l'espace d'un siècle, on a pu voir, en chaque royaume d'Europe, trois générations composées chacune de plus d'un millier d'individus (tous gentilshommes de nom et de fortune), et que, parmi ces trois générations, il n'en est pas une -seule qui, avec son millier d'individus, ait fait autant de bien que M. Hollis en a fait à lui seul. Non-seulement son pays et ses contemporains, mais les contrées lointaines, et la postérité la plus reculée profiteront de sa bienfaisance : car tel est Teftet du soin qu'il a pris de multiplier et de distribuer les œuvres de nos meilleurs écrivains anglais, sur les objets les plus essentiels au bien-être de la société.
Je l'ai personnellement peu connu; quelquefois je l'ai
rencontré à la Société Royale et à la Société des Arts. Il paraissait peu rechercher mon intimité, quoique souvent il m'ait envoyé de beaux présents, tels que les OEuvres de Milton,de Sydney, etc., qui figurent au nombre des plus précieux ornements de ma bibliothèque. Si nous avions été plus intimes, nous aurions pu concerter quelques opérations utiles; mais il aimait à faire le bien seul et en secret, et je crois voir dans ses Mémoires qu'il n'appréciait pas bien mon caractère. Son erreur ne diminue pas mon respect et je remercie les éditeurs de m'avoir rendu justice.
Je vois que M. Hollis possédait une collection de médailles curieuses. S'il vivait encore je lui enverrais certainement une des médailles que j'ai fait frapper ici; je crois que l'attitude de ma Litertélni aurait plu. Je suppose que vous possédez sa collection et que vous avez le même goût. Je vous prie donc d'accepter une de ces médailles comme marque de mon respect, et de me croire avec une sincère estime, etc. B. P.
A dâtid hartlet.
Passy, 16 octobre 1783. Mon cher ami.
Je n'ai rien d'essentiel à vous mander sur les affaires publiques; mais je ne puis laisser partir M. Adams, qui ira vous voir, sans lui remettre quelque lignes pour mïnformer de votre santé, vous faire part de la mienne, et vous assurer de mon respect et de mon attachement.
Que penseriez- vous de la proposition que je ferais d'une alliance entre l'Angleterre, la France et l'Amérique? L'Amérique serait aussi heureuse que les Sabines, si elle servait à réunir dans une paix perpétuelle son père et son mari ! Quelle folie répétée que toutes ces guerres répé-
tées ! Qu'avez-Yous besoin de yous conquérir et de vous gouverner l'un l'autre? Pourquoi donc vous outrager sans cesse et vous tuer les uns les autres ? Avec Targent et les hommes qui depuis sept siècles ont été prodigués dans des guerres insensées, pour se faire un mal mutuel, que de choses excellentes on aurait pu faire pour le bien de chaque pays ! Combien de ponts, de routes, de canaux, combien d'œuvres et d'institutions qui auraient servi à la félicité commune! Anglais, Français! vous êtes proches voisins, et vous avez chacun de grandes qualités. Apprenez à rester tranquilles et à respecter vos droits réciproques. Vous êtes tous Chrétiens; Tun est le Roi Très^ Chrétien ; l'autre est le Défenseur de la Foi. Justifiez ces titres par votre conduite à venir. Les hommes^ dit le Christ, connaifront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres» Cherchez la paix et gardez-la, s Adieu, etc.
A DAVID HAETLET.
Passy, 22 octobre 1783.
J'ai reçu l'aimable lettre de mon cher ami, datée de Bath Je 4 du courant, avec le projet de convention temporaire que vous me priez de montrer à mes collègues. Ils sont en ce moment tous deux à Londres , vous les verrez certainement, et pourrez vous entretenir avec eux sur ce sujet. La crainte que vous témoignez de voir se détruire le ciment de la confédération, etc., n'a, suivant moi, aucun fondement. L'Amérique a assez de bon sens pour prendre soin de son vase de porcelaine *. Vos journaux sont remplis du récit de nos troubles et de nos divisions ; mais les nouvelles d'Amérique ne disent rien de semblable. Je sais que