A II. DE LA GOITOAHIIIB
Du magnétisme animal.
Passy, 19 mars 1784.
Monsieur,
Vous désirez connaître mon sentiment sur les cures opérées par Camus et Mesmer. Je crois qu'en général les maladies causées par des obstructions peuvent être avantageusement traitées par l'électricité. Quant au magnétisme animal, dont on parle tant, je douterai de son
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existence tant que je n'en aurai pas vu ou senti les effets. Je n'ai pu observer aucune des guérisons qu'on lui attribue. Il y a tant de maladies qui se guérissent toutes seules, il y a chez les hommes tant de disposition à se tromper eux-mêmes ou à tromper les autres en pareil cas, et une longue Tie m'a donné l'occasion de voir tant de remèdes qui, disait-on, guérissaient toutes les maladies, et qui, bientôt, ne servaient plus à rien, que je ne puis m'empêcher de craindre que cette nouvelle méthode dont on attend monts etmerveilles, ne se trouve être à la fin qu'une illusion. Cette illusion toutefois, tant qu'elle durera, peut avoir son bon côté en certains cas. Dans toute grande ville il y a un certain nombre de personnes qui ne sont jamais bien portantes, parce qu'elles ont la manie des remèdes, et qu'à force d'en prendre elles dérangent leurs fonctions naturelles et altèrent leur constitution. Si on peut persuader à ces personnes de laisser leurs drogues, en leur promettant de les guérir avec le doigt du médecin ou une simple tige de fer, elles en pourront retirer de bons effets, tout en se trompant sur la cause. J'ai l'hon* neur d'être, etc. B. F.
Au moment oii Franklin écrivait cette lettre , Louis XVI demandait à rAcadénûe des sciences de nommer une commicsion pour examiner la doctrine de Mesmer. L'Académie nomma cinq de ses membres : Franklin, Le Roy, Bailly, de Bory et Lavoisier, auxquels la Faculté de médecine adjoignit Majault, Sal- Ûn, d'Arcet et Gruillotin. Après un examen attentif, les commissaires firent un long rapport, qui fut présenté . le 11 août 1784. Franklin, qui n'en croyait que ses yeux, ne vit dans le magnétisme et le sonmambulisme qu'une folie ; mais une folie qui produisait un argent énorme à Mesmer et à ses amis.