‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 66 sur 138 · Washington · texte numérisé non relu

Washington

186 GORHESPONDANGE

Ton en doit juger par ce fait, que dans quelque cour de rSurope que parût un négociateur Yankee, le sage envoyé anglais, dérouté et furieux, finissait par chercher querelle à vos amis, et s'en retournait chez lui la puce à l'oreille.

Ne croyez pas cependant, mon cher ami,' que je sois assez vain pour attribuer nos succès à notre supériorité. Je connais trop les ressorts et les leviers de notre machine, pour ne pas voir que nos moyens humains étaient hors de proportion avec notre entreprise» et que sans la justice de notre cause, et par conséquent sans le Beoours de la Providence, en qui nous avions foi, nous étions perdus. Si j'avais été jamais un athée , je serais maintenant convaincu de Texistence et du gouvernement d'un Dieu. C'est lui qui abaisse les superbes et qui favorise les humbles* Puissions-nous ne jamais oublier sa bonté pour nous, et lui prouver notre gratitude par notre conduite future. Laissons ces réflexions sérieuses, et causons en riant, comme de coutume. Je me rappelle qu'un jour que nous nous trouvions ensemble à la Chambre des communes, vous me dites que vous ne pensiez pas que deux ouvriers . imprimeurs eussent jamais obtenu dans le monde autant de succès que nous en avions eus tous les deux. Vous étiez alors à la tête de votre profession et devîntes bientôt après membre du Parlement. J'étais agent d'un petit nombre de provinces, et j'agis maintenant au nom de toutes. Mais nous nous sommes élevés par des moyens différents. Moi, comme imprimeur républicain, j'ai toujours aimé une forme bien plane ^ ne pouvant souffrir ces lettres qui dépassent les autres, et qui portent la tête si haut qu'elles empêchent leurs voisines de paraître. Vous, comme monarchiste, vous avez travaillé sur du papier couronne et vous vous en Ôtes bien trouvé, tandis que je travaillais avec non moins d'avantage sur du ^0 patriâ (un papier, hélas I que souvent on appelle une marotte). Nos deux paquets tiennent bien^ et il me semble que nous ferons chacun une bonne journée.

Quant aux affaires publiques (pour continuer dans le môme style)i il me semble que les compositeurs de votre chapeUe ne comptent pa$ bien les lignes de leur copie, et ne s'entendent pas bien en impositions ; leurs formes sont continuellement dérangées à cause des bourdons ' et des doublons qu'il n'est pas facile de corriger. Et je crob qu'ils ont eu tort de laisser de côté quelques vignettes^ et particulièrement quelques en-têtes qui auraient été un ornement et une utilité. Mais courage ! arec une bonne administration^ la besogne peut refleurir, et le patron devenir aussi riche qu'aucun de la compagnie.

Pour le dire en passant, l'accroissement rapide et Feztension de la langue anglaise en Amérique doivent devenir très-avantageux aux libraires et aux éditeurs d'Angleterre. Notre population double tous les vingt ans ; c'est là un vaste auditoire qui s'assemble pour les auteurs anglais, anciens, présents et futurs ; ce qui amènera de nombreuses et lucratives éditions de vos meilleurs livres. Je voudrais donc, si j'avais le privilège de quelques-uns de ces ouvrages, et que la chose fût possible, substituer mes droits à ma postérité, car ils augmenteront sans cesse de valeur^ Ceci pourrait bien ressembler à un conseil, et cependant je n'ai pas bu de madère depuis six mois.

Ce sujet me mène à une autre idée; vous avez tort de décourager l'émigration des Anglais en Amérique. Dans mon écrit sur la population, je crois avoir prouvé que, loin de diminuer une nation, l'émigration la multiplie. Vous n'aurez pas moins de monde chez vous, parce qu'on Ira s'établir au dehors. Gomme tout homme arrivant parmi nous,et qui y prend une pièce de terre, devient citoyen, et que, suivant notre constitution, il a une voix dans les élec-

1. Bourdon se dit ont en anglais^ et c'est le nom qu'on donne à ceux qui sont hors du pouvoir; les doublons ou doubles font aussi allusion à ceux qui voudraient prendre un rôle déjà occupé.

tions, une part dans le gouvernement du pays, pourquoi rejeteriez-vous ce moyen honorable d'en reprendre possession? Pourquoi abandonner l'Amérique à des étrangers de toute nation et de tout langage, qui, par leur nombre, pourront noyer et étouffer l'anglais, tandis qu'autrement, il sera dans deux siècles le langage le plus répandu du monde, l'espagnol excepté? Il est de fait que les émigrés irlandais et leurs enfants sont maintenant en possession d'une grande partie du territoire, et de tout le gouvernement de la Pensylvanie, puisqu'ils composent la majorité de l'assemblée. Cependant je me rappelle parfaitemmit avoir vu le premier bâtiment qui amena des Irlandais «i Amérique.

Je suis toujours, mon cher ami, votre très-affectioiiné,

A GEORGE W9ATLEY.

Principes du commerce. — Enfants trouvés.

Lunettes doubles.

Passy^ 21 août 1784.

Mon cher et vieil ami,

Je suis honteux d'être resté si longtemps sans répondre à votre aimable lettre du 3 mai 1783. L'indolence de la vieillesse, de fréquentes indispositions et trop d'affaires, voilà mes seules excuses.

Votre excellent petit ouvrage, c les Principes du cornmerce^ > est trop peu connu *. Auriez-vous la bonté de m'en envoyer un exemplaire par le retour de mon petit-fils, et secrétaire, que je prends la liberté de vous recommander. Je voudrais faire traduire et imprimer ici cet ouvrage. Si votre libraire en a encore des exemplaires en nombre, je

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