‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 78 sur 138 · Attribuée à Pope · texte numérisé non relu

Attribuée à Pope

He never c-ired a pin What they said or may say of the morlal within.

2. « Puissé-je gouverner mes passions avec un pouvoir absolu, devenir meilleur et plus sage à mesure que je perds mes forces, n'avoir ni goutte ni la pierre, et finir doucement. »

In the morning when sober^ in the eveninq ivhen niellow He'a gone, and has not left behind him his fellow. For he governed his passions^ etc. *

Mais à quoi servent nos désirs ? Les choses n^en arrivent pas moins comme elles doivent arriver. J'ai chanté mille fois cette chanson de Souhaits dans ma jeunesse, et je vois à 80 ans, que les trois choses que je repoussais sont tombées sur moi. J'ai la goutte et la pierre, et je ne suis pas encore maître de toutes mes passions. Je ressemble à la fille dédaigneuse, qui avait juré de n'épouser ni un Ministre, ni un Presbytérien, ni un Irlandais, et qui finit par se marier à un ministre presbytérien et irlandais.

Vous voyez que j'ai quelque raison de souhaiter d'ôlre dans l'autre vie, non pas seulement aussi bien^ mais un peu mieux que dans celle-ci. Et je l'espère, car, ainsi que votre poôte, je me fie en Dieu, J'admire dans ses œuvres l'économie non moins que la sagesse, car il est évident qu'il a épargné le travail et la matière. Par de merveilleux moyens de propagation, il a pourvu à ce que la terre fût continuellement peuplée de plantes et d'animaux sans qu'il eût besoin de recourir à de nouvelles créations. Et par la réduction naturelle des substances composées à leurs éléments originels, éléments qui sont de nouveau employés à former d'autres compositions, il a prévenu la nécessité de créer une nouvelle matière. C'est ainsi que la terre, l'eau, l'air pt peut-être le feu, qui réunis forment le bois, redeviennent ani'ès sa dissolution, de l'air, de la terre, du m u et de Tenu. Quand je considère que rien n'est

1. " Puis-c-jfj avec un counigc indompté affronter iiion dci jiier jour; et quand je serai pnrti . puissent les lioiiiiètcs gens répéter: Il est parti; et qu'il fût à jeun le matin, ou un peu humide le soir, il n'a pas laissé son pareil après lui ! car il gouvernait ses passions avec un pouvoir absolu, etc. »

anéanti, qu'une goutte d'eau même ne se perd pas, je dis que je ne puis croire à Tannihilation des âmes, ni m'imagmer que Dieu laisse perdre chaque jour des millions d'âmes , toutes faites et qui existent, et se donne la peine continuelle d'en créer de nouvelles. Et coomie j'existe en ce moment dans le monde, je crois que sous une forme ou sous une autre, j'existerai toujours ; et malgré tous les inconvénients attachés à la vie humaine, je ne m'opposerai pas à une nouvelle édition de la mienne, en espérant toutefois que les errata de la dernière pourront être corrigés.

Je vous renvoie votre état des enfants reçus à l'hospice des Enfants-Trouvés de Paris, depuis 1741 jusqu'à 1755 inclusivement; j'y ai ajouté les années suivantes, jusqu'à 1770. Je n'ai pu obtenir celles qui ont suivi cette époque. J'ai noté en marge l'accroissement progressif, c'est-à-dire comment d'un enfant sur dix, jeté à ]a charge du public, on en est arrivé à un enfant sur trois! Quinze ans se sont écoulés depuis le dernier compte rendu, et probablement le nombre des enfants -trouvés s'élève aujourd'hui à la moitié des naissances. Est-il bien d'encourager ce défaut monstrueux d'affection naturelle? Un chirurgien, que j*ai rencontré, excusait les fenunes de Paris, en disant sérieusement qu'elles ne pouvaient pas nourrir, car, disait-il, elles n'ont point de tétons. Il m'assura que c'était un fait, et m'engagea à observer combien leur poitrine était plate. < Il n'y en a pas plus, disait-il, que sur le dessus de ma main. » J'ai réfléchi, depuis, qu'il y avait peut-être quelque vérité dans son observation, et qu'il était possible que la nature, voyant que les Parisiennes ne faisaient pas usage de leurs seins, ait cessé de leur en donner. Cependant, depuis que Rousseau a défendu avec une admirable * éloquence , le droit que les enfants ont au lait de leur mère, la mode a un peu changé, et quelques dames de qualité nourrissent leurs enfants et ont du lait. Puisse

cette mode descendre jusqu'aux classes inférieures, et faire cesser l'abus d'envoyer aux Enfants trouvéSy les enfants aussitôt qu'ils sont nés, en remarquant simplement que le Roi est plus en état que leurs parents d'en prendre soin.

Je tiens de bonne source que les neuf dixièmes de ces malheureux meurent bientôt dans cet établissement, et l'on dit que c'est un grand soulagement pour l'hospice, parce qu'autrement ses ressources ne seraient pas suffisantes. A l'exception de quelques personnes de qualité dont je viens de parler et de la toule qui a recours aux Enfants- Trouvés, l'usage est ici de prendre des nourrices à la campagne, où elles emmènent et élèvent les enfants. Il y a à Paris un bureau pour examiner la santé des nourrices, et pour leur donner des permis. A certains jours de la semaine, elles viennent par troupes, à Paris, pour y prendre les enfants, et, nous en rencontrons souvent sur la route, des bandes qui s'en retournent dans les villages voisins, chacune d'elles portant un nourrisson dans les bras. Mais les parents qui sont assez humains pour prendre ce parti, ne sont pas toujours en état d'en supporter les frais : les prisons de Paris sont pleines de malheureux pères et de malheureuses mères, détenus pour mois denourrice^ quoique ce soit une charité favorite, et qu'on ne saurait trop louer de payer pour ces pauvres prisonniers et de les rendre à la liberté. Je souhaite un bon succès au nouveau projet de secourir les pauvres qui garderont leurs enfants chez eux, parce que je crois qu'il n'y a que peu ou point de nourrices qui vaillent une mère, et que si les parents n'éloignaient pas immédiatement leurs enfants, ils commenceraient à les aimtr au bout de quelques jours, ce qui les éperonnerait à travailler davantage pour élever ces petits. C'est au reste un sujet que vous entendez naieux que moi, et je m'.'.rrête, craignant d'en avoir trop dit. Je joins seulement à mes notes une remarque tirée de l'histoire de

V Académie des Sciences , et qui est très-favorable à PinLli tution des Enfants-Trouvés.

La banque de Philadelphie marche très-bien. Ce que vous appelez l'institution des Cincinnati n*est pas une institution de notre Gouvernement, c^est une association particulière entre les officiers de notre armée ; le peuple Ta prise en tel dégoût qu'on croit qu'elle tombera. On Pa considérée conmie un essai afin d^établir quelque chose de semblable à une noblesse ou une classe héréditaire. Je conviens avec vous qu'on a eu tort; puis-je ajouter que tous les honneurs descendants sont injustes et absurdes ; la gloire des belles actions n'appartient qu'à celui qui les a faites, et de sa nature elle est incommunicable. Si Ton pouvait la transmettre par héritage, elle devrait austi se partager entre tous les descendants, de sorte que plus la famille serait ancienne et moins il resterait de gloire dans chacune de ses branches, saps parler des chances plus grandes encore d'interruptions malheureuses*.

Vous ne paraissez pas vous faire une juste idée de notre Constitution. Si le Congrès était un corps permanent, il y aurait plus de raison de craindre de lui accorder du pou* voir. Maia ses membres rsont élus annuellement, ils ne peuvent être réélus plus de trois ans de suite, ni plus de trois ans sur sept; et même chacun d'eux peut être révoqué, dès que ses commettants ne sont plus satisfaits de sa conduite*. Ils sont du peuple et rentrent se mêler au peuple, n'ayant pas de prééminence plus durable que les diffor^nt*; gra'rs de sable dans nn sablier. Une asscmbice 'le «e .uenro ne p< ut pas fîe\cnir dan^ iciiSo pour ]u liberté. C^- sont des serviteurs du pcuplp, chargés de

1. V. la iPiirr. à mi>tri>s BavUc. ilii '26 j-invier 178'i. dan^ Je< /.A.vn/.v d'- Mnrolr. eti .

:2. (-•> disj.^'^iliorJs df ia o «u lé. j. ration fUiirn; jn.iuvfei»''s , cl a'oiii point passé dans ia Constitution de 1787 qui a fciUô l'Union.

faire les affaires du peuple, et d'assurer la prospérité publique; il leur faut des pouvoirs suffisants, sans quoi ils ne seraient pas à même de remplir leurs devoirs. Ils n'ont pas de forts appointements, mais une simple indemnité journalière à peine égale à leur dépense : aussi comme ils n'ont pas chance d'obtenir de grandes places, d'énormes traitements, ni de grosses pensions, il n'y a chez nous ni intrigue, ni corruption dans les élections.

Je souhaiterais que la Vieille Angleterre fût aussi heureuse dans son gouvernement; mais c'est ce dont je ne m'aperçois pas. Votre peuple cependant pense que sa Constitution est la meilleure du monde, et il affecte de mépriser la nôtre. Il est toujours agréable d'avoir bonne opinion de soi-même et de tout ce qu'on possède, de croire que sa religion, son roi, sa femme sont les meilleurs des rois, des femmes et des religions. Je me rappelle l'histoire de trois Groënlandais qui avaient voyagé pendant deux ans en Allemagne, en Danemark, en Hollande et en Angleterre, sous la conduite de quelques missionnaires Moraves. Je les vis à Philadelphie en route pour rentrer dans leur pays, et je leur demandai si, après avoir vu combien grâce aux arts la vie des hommes blancs était plus commode, ils ne désiraient pas demeurer avec nous ? Leur réponse fut qu'ils étaient charmés d'avoir vu tant de belles choses, mais quils préféraient VIVRE dans leur pays ; lequel p^ys, pour le dire en passant, n'est composé que de rochers : car les Moraves, qui désiraient y former un jardin pour planter des choux, furent obligés de faire charger de la terre sur leur bâtiment à New- York.

M. Dollond n'a pas été bien informé de la construction de mes lunettes doubles, s'il a dit qu'elles ne pouvaient servir que pour certaines vues. Je crois que l'on reconnaîtra généralement que la convexité d'un verre, à travers lequel une personne voit le plus clair à une distance convenable pour lire, n'est pas celle qui convient pour de

GOBRESPONDANGE

grandes distances. Tavaiis donc autrefois deux paires de lunettes que je changeais au besoin. Par exemple, lorsque je voyage, je lis quelquefois, et j'ai souvent occasion de regarder le paysage. Trouvant ce changement incommode, et souvent trop lent, j'ai fait couper des verres et je les ai réunis par moitié dans le même cercle, de cette façon :

Par ce moyen, comme je porte constamment mes lunettes, je n'ai qu'à lever ou baisser les yeux, suivant que je veux voir de près ou de loin, les verres dont j'ai besoin sont toujours prêts. Cet arrangement me semble encore plus commode depuis que je suis en France, car les verres qui me servent le mieux à table pour voir ce que je mange, n'étant pas les meilleurs pour voir la figure des personnes qui sont vis-à-vis de moi et qui m'adressent la parole, je puis, au moyen des autres, saisir les traits des gens qm me parlent ; ce qui aide beaucoup à comprendre, quand Toreille n'est pas habituée aux sons d'une langue étrangère ; si bien que j'entends mieux le français grâce à mes lunettes.

Le traducteur que j'avais en vue pour votre écrit, et qui est le seul qui entende le sujet aussi bien que les deux langues (ce qu'un traducteur doit être en état de faire pour que sa traduction soit bonne), est à présent occupé d'une affaire qui l'empêche d'entreprendre celle-d, mais

ce sera bientôt tenniné. Je vous remercie des notes ; je serais bien aise d'avoir un second exemplaire des brochures.

Nous serons toujours prêts à recevoir vos enfants, quand vous nous les enverrez. Une chose m'étonne. Puisque Londres attire et consomme un si grand nombre de gens de la campagne, pourquoi la campagne ne recevrait-elle pas les enfants dont vous pouvez disposer, afin de réparer ses pertes? Ce fait, ainsi que la multitude d'hommes qui échangent volontairement leur liberté contre un peu d'argent, pour servir, soit à temps comme laquais, soit à vie comme soldats, me semble prouver que votre lie est trop peuplée. £t pourtant elle a peur de l'émigration !

Adieu, mon cher ami ; croyez-moi toujours, avec affection, votre» etc. . B. F.

Pour le dissuader de passer la Manche en ballon,

Passy, 20 juin 1785.

Je viens de recevoir la seule de vos lettres qui m'ait fait de la peine. Elle m'annonce votre projet de passer en Angleterre dans la nacelle d'un ballon. Dans l'état imparfait de cette invention, je crois qu'il est beaucoup trop tôt pour hasarder un voyage aussi long. Ici, ceux qui ont quelque expérience disent qu'ils n'ont pas encore trouvé le moyen de maintenir un ballon en l'air plus de deux heures. En lâchant de l'air pour empêcher le ballon de s'élever trop haut et de crever, en jetant du lest pour ne pas descendre trop bas, on a bientôt épuisé les moyens de régler la marche du ballon. En outre l'action et le jeu des soupapes, etc., n'est pas encore bien connu, et il est diffi-

cile d'éviter nn danger imprévu. Car, mercredi dernier, M. Pilâtre du Rozier qui a étudié le sujet autant que personne, a perdu son support en Pair, par la rupture de son ballon, ou par quelque autre cause qu'on ne connaît pas; et il est tombé avec son compagnon* d'une hauteur de mille toises sur les roches de la côte ; on les a trouvés tous deux écrasés en morceaux.

Vous ayez vécu une bonne vie, vous ne craignez pas la mort. Mais pardonnez à l'inquiète liberté d'un ami, s'il vous dit que la durée de votre vie importe à votre famille et à votre pays ; il serait beau de la risquer dans leur intérêt, mais vous n'avez pas le droit de la risquer pour une fantaisie. Je prie Dieu que cette lettre vous parvienne à temps, et contribue à changer votre dessein ; étant toujours, mon cher ami, votre affectionné. B. F.

A FRANCIS MAZÊRES.

Situation de l Amérique. — Les loyalistes, — La Confiscation.

Passy, 26juin 1785.

Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre amicale du 20 courant. Je partage entièrement votre opinion. Quoique la querelle entre nos deux pays leur ait fait beaucoup de mal à tous deux, cependant je crois que la séparation qui l'a suivie est plus avantageuse, même pour l'Angleterre, que ne l'eût été un succès. Pour nous réduire et nous tenir asservis au moyen d'une force armée, il vous en aurait plus coûSé que n'eût valu cette domination ; et notre esclavage aurait amené le vôtre. L'ancien système de l'Empire britannique était excellent : on permettait aux colonies de se

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