A JOHN JAY
Annonce de son retour. — La cour de France.
Philadelphie, 19 septembre 1785.
Monsieur,
J'ai rhonneur de vous informer que j'ai quitté Paris le 12 juillet, et qu'avec la permission du Congrès, je suis revenu dans ma patrie. M. Jefferson avait recouvré la santé; il jouissait en France de l'estime et de la considération
générales. Nos lettres officielles vous ont fait connaître nos dernières opérations. Je n'ai rien à y ajouter, si ce n^est que le dernier acte que j'aie fait, comme ministre plénipotentiaire, a été de signer, .deux jours avant mon départ, le traité d'amitié et de commerce avec la Prusse, lequel a été porté à la Haye par M. Short, pour être signé en cette ville par le baron Thulemeier, de la part du roi. Ce prince n'a nullement hésité à souscrire aux nombreux articles que l'humanité a dictés au Congrès*. M. Short devait aller ensuite à Londres pour y faire signer ce traité à M. Adams, qui a été bien accueilli de la cour d'Angleterre, ainsi que je l'ai appris à Southampton.
Une lettre de vous à M. Adams nous annonçait que le oa« pitaine Lamb apporterait des instructions au sujet de Maroc. Nous ne l'avons pas vu, et nous n'avons pas entendu parler de lui; il n'y a donc eu rien de fait à ce sujet.
J'ai laissé la cour de France dans les dispositions amicales qu'elle n'a cessé de montrer aux États-Um's; cependant elle voit avec peine que nous soutenions si mal notre crédit, en ce qui touche le payement de l'intérêt de nos emprunts; elle pense que cette négligence nous serait extrêmement préjudiciable dans le cas d'une nouvelle guerre, et qu'elle peut même en faire naître une, en offrant à nos ennemis la perspective encourageante qu'un peuple qui paye si mal ses dettes, ne trouvera plus à emprunter. A mon départ, le roi m'a fait présent de son portrait enrichi de diamants ; c'est le cadeau d'usage pour les ministres plénipotentiaires qui ont signé des traités avec cette cour; il est à la disposition du Congrès*, à qui je vous prie de présenter mes respects. Je suis, etc.
1. Ces articles réglaient le droit des neutres, et ordonnaient de ménager en pays ennemi, ceux qui ne portent pas les armes.
2. En Amérique l'usage est que tous les cadeaux diplomatiques
P. S. Ne me souciant pas de confier ces cadeaux à un messager ordinaire, je vous les envoie par mon ancien secrétaire (W. Temple Franklin), qui aura l'honneur de vous remettre en même temps les originaux de tous les traités auxquels j'ai pris part, et que j'ai pu conclure. Les traités avec le Portugal et le Danemark sont toujours en suspens,